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14 Jan 2025 | Profession
 

Les bureaux de tabac constituent des cibles de choix pour des braqueurs. À Voiron (21 000 habitants, 25 kilomètres de Grenoble), les buralistes s’équipent et se montrent vigilants. Témoignages dans Le Dauphiné Libéré.

Une série de braquages de bureaux de tabac a entaché la fin de l’année 2024 en Isère et se poursuit en ce début 2025 (voir 28 décembre 2024, 7 janvier 2025). Pas de quoi pour autant provoquer la psychose parmi la petite dizaine de buralistes voironnais interrogés.

•• L’un d’eux tout de même, en près de 35 ans de métier et alors qu’il travaillait dans un autre tabac, a fait l’objet d’une tentative de braquage : « Je n’ai rien donné, je n’avais pas peur à l’époque ».

Pour cette autre professionnelle, seul un cambriolage à la voiture-bélier a eu été à déplorer, la nuit, en son absence.

Un autre aussi a subi une tentative de vol il y a une décennie alors que, buraliste dans une différente région, il se rendait à la banque déposer ses espèces. Face à plusieurs hommes, raconte le désormais Voironnais, il ne s’est pas laissé faire et leur a « tenu tête », mais a récolté des coups et du gaz lacrymogène.

•• Pour lui comme pour d’autres dans la ville, le système de vidéosurveillance de la voie publique est une « chance, c’est rassurant, on se dit que c’est la police qui veille derrière ».

Ce qui n’empêcherait pas, il le sait, des malfaiteurs encagoulés de débarquer violemment dans son commerce. Mais ce n’est pas une menace qui le préoccupe au quotidien : « Je n’y pense pas, je sais que ça peut arriver, mais on ne peut pas vivre avec ça comme une épée de Damoclès ».

« Je ne suis pas d’une nature inquiète, cela ne m’empêche pas de dormir, mais mieux vaut prévenir que guérir », assure cet autre.

•• Un propos sur lequel ils sont plusieurs à se rejoindre, estimant aussi qu’une « vigilance » minimum est nécessaire. « Je ne vis pas avec cette peur-là, certes, mais on est toujours sur le qui-vive », poursuit un des interlocuteurs, qui a comme la plupart doté son bureau de tabac de caméras, alarmes et portes sécurisées, « je ne peux pas faire mieux ».

Certains sont aussi dotés de générateurs de brouillards, voire d’un bouton d’alerte directement relié aux forces de l’ordre – des équipements qui ont un prix. Tous le concèdent, « notre commerce est à risque », « ça peut arriver n’importe quand », pointe l’un d’eux, en parlant même de « prédestination à ça ».

Mais pour lui, la surmédiatisation de ces faits « entretient la peur générale ». Or, « si on vit avec la peur, on ne sort pas de chez soi. Si ça doit arriver, entre nous en en discute, chacun sait ce qu’il a à faire. »

•• Quant à mettre un sas de sécurité comme dans les bijouteries, hors de question pour ce buraliste : « Ça met une barrière, on perd le côté commerce de proximité. Mais je comprends ceux qui le font. »

Un autre s’avoue « méfiant » sur des va-et-vient suspects, particulièrement prudent « à l’ouverture et à la fermeture du commerce », tout comme un de ses homologues qui « vérifie que personne n’entre derrière » lui tôt le matin ou « ne soit planqué derrière une voiture ». « Pour être tranquille, il faut prendre toutes les précautions », conclut ce professionnel.

Quasi exclusivement, tous affichent une forme de fatalisme, que l’un résume : « Ma vie coûte plus cher que ce qu’il y a ici. Je ne peux rien faire s’ils sont déterminés, je ne vais pas jouer au cow-boy. Certains clients ou notre entourage sont inquiets pour nous ; moi, pas plus que ça. Si ça doit arriver, ça arrivera, qu’est-ce qu’on peut faire ? »