En liaison avec le bilan des saisies de cigarettes de contrebande et de contrefaçon (voir Lemondedutabac du 1er mars), l’AFP est allé enquêter dans le quartier Barbès à Paris « un des plus grands tabac de France », où le trafic est en plein essor. Comme Gabriel-Pery à Lyon, ou Noailles à Marseille.
• Paris, à Barbès
« Un samedi, j’en ai compté 200 », raconte un kiosquier à Barbès, alors qu’habituellement, ils sont une vingtaine à la sortie du métro. Derrière sa caisse, il a vu ce trafic prendre son envol en 2005 après plusieurs hausses du prix du tabac.
La poignée de CRS, présente comme tous les jours depuis que le quartier a été classé Zone de Sécurité prioritaire (ZSP), intervient de temps en temps, provoquant la migration des « vendeurs », en contrôlant quelques-uns pour les laisser repartir libres.
Un CRS décrit sa mission: « créer un climat d’insécurité pour les vendeurs. On remet l’ouvrage sur le métier cent fois. C’est sans fin, mais on les gêne ». Un autre CRS, dépité: « Quand on en interpelle trois, ils nous donnent les trois même noms, avec la même date de naissance … ».
Si le puits n’a pas de fond, c’est que « le trafic est de plus en plus déstructuré, communautaire, avec des circuits explosés pour éviter les contrôles », explique David Cugnetti, chef de la division recherche des Douanes à Paris. Selon lui, « c’est un travail de fourmis avec un flot continu qui alimente » ces marchés noirs. La dernière grosse prise remonterait à septembre 2011 (plus de onze tonnes de Marlboro et de cigarettes made in China) qui a asséché le marché noir pendant quinze jours. Depuis, les saisies sont plus modestes et nombreuses : des camionnettes avec 400 kilos de cigarettes ou, dans les aéroports, des « petits passeurs » avec 50 cartouches dans leur valise.
• Marseille, dans le quartier Noailles.
La police arrête des revendeurs quasiment tous les jours, « mais ils reviennent sans cesse », dit un policier à Marseille, « on essaie de contenir, on n’abandonne pas, mais on s’intéresse quand même plus au cannabis ».
« Ce marché est extrêmement juteux, les cigarettes étant très fortement taxées », renchérit un commissaire, « les cigarettes sont relativement faciles à transporter et écouler, les risques pénaux limités ».




