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22 Jan 2013 | Pression normative
 

La conférence de presse de Seita, organisée le lundi 21 janvier à Lille (voir Lemondedutabac du 18 janvier), a dressé un constat inquiétant sur les propositions de la nouvelle Directive Tabac. En particulier pour la région Nord-Pas-de-Calais. 

« La Directive est un dispositif coercitif plutôt que d’apporter des réponses pertinentes aux problématiques de prévention rencontrées par les Etats membres » a rappelé la Seita, avant de dresser et d’évaluer, chiffres à l’appui, les difficultés actuelles et à venir dans les régions frontalières.

• Nord-Pas-de Calais : plus de 50 % du tabac consommé est acheté hors frontières
Depuis 2003, les ventes légales de tabac dans la région Nord-Pas-de-Calais ont diminué de façon anormale, alors qu’explosaient les achats transfrontaliers sur la zone. Aujourd’hui, 43 % des paquets de cigarettes et 79% du tabac à rouler consommés dans les départements proches de la Belgique et du Luxembourg sont achetés hors du réseau légal des buralistes français. Le différentiel de prix parle de lui-même : un paquet de Gauloises Blondes à 6,10 euros en France contre 4,74 euros à la frontière belge ou 4,16 euros au Luxembourg et des tarifs presque moitié moins chers pour le tabac à rouler. Seuls 2 fumeurs de tabac à rouler sur 10 achètent leur tabac en France, dans une région forte consommatrice de ce type de produit.

• Un risque de déstabilisation supplémentaire
. « L’uniformisation des formats, des produits et des emballages, imposée par la Directive, va encore plus faciliter le travail des contrefacteurs dont les produits inondent aujourd’hui les marchés français et européens » annonce la Seita qui cite la plus grosse saisie de cigarettes de contrefaçon (151 millions d’unités), réalisée il y a un an à Anvers. Ces produits étaient destinés aux marchés français, belge, néerlandais et allemand.
. Seconde conséquence de ce report des consommateurs vers le marché parallèle sous toutes ses formes : la fermeture de nombreux débits de tabac, commerces de proximité à fort lien social. En 10 ans, 1 buraliste du Nord-Pas-de-Calais sur 5 a mis la clé sous la porte. Depuis 2003, 428 buralistes ont cessé leur activité dans la région, ce qui représente une perte de 20% du nombre de bureaux de tabac.

• Une mauvaise Directive
Concernant le contenu de la Directive Tabac, Eric Sensi, Directeur des affaires corporate de Seita, a dénoncé « des mesures inefficaces et disproportionnées » et « une politique à contresens ».
. Renforcer un « effet choc » sur les paquets (avec l’agrandissement des avertissements sanitaires) pour diminuer la consommation n’est pas un moyen avéré : comme le prouvent, la mise en place, sans résultats probants, des avertissements sanitaires graphiques (début 2011 en France) et les conclusions de l’étude Eurobaromètre 2012, selon laquelle moins de 3% des fumeurs de l’Union citent le packaging comme facteur déclencheur de consommation (voir Lemondedutabac du 29 novembre). Avec des paquets couverts par des avertissements sanitaires, sur plus de 80 % de leur surface, « c’est une mesure de paquet générique déguisée que l’on nous propose alors que personne ne peut encore savoir si celle ci sera efficace en Australie ».
. Eric Sensi estime « surprenant, au sein d’une Europe présentant l’Allemagne comme un exemple sur de nombreux sujets, que son succès en matière de prévention du tabagisme , notamment des jeunes, n’ait pas inspiré davantage les dernières propositions de Directive ». Enfin, il juge les propositions de Directive « en porte-à-faux », en donnant priorité au « tout coercitif », sans jamais citer le mot prévention sur les 30 articles que compte le texte.