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21 Déc 2023 | Pression normative
 

Malgré l’interdiction européenne du menthol depuis 2020, les industriels ajouteraient des additifs pour provoquer la même sensation de fraîcheur : d’où les cigarettes « fresh ». Et selon une enquête du Figaro, les pouvoirs publics ont du mal à se déterminer. Nous reprenons l’article.

En 2014, le Parlement et le Conseil européens interdisent les « arômes caractérisants » dans les cigarettes (voir 2 juin 2020). Les parfums au chocolat, à la vanille ou aux fruits, qui séduisaient particulièrement les jeunes consommateurs, ne sont plus autorisés ; le menthol, lui, obtient un sursis jusqu’en 2020. Mais cette notion d’« arôme caractérisant » est décriée, car l’Europe le définit simplement comme « une odeur ou un goût clairement identifiable autre que celle ou celui du tabac ».

•• Une étude américaine parue dans le Journal of the American Medical Association en octobre 2023 montre en effet que « de nouvelles molécules fraîcheurs ont été trouvées dans des cigarettes américaines ».

Les chercheurs ont extrait des arômes des composants du tabac, puis les ont injectés à des cellules exprimant des récepteurs au menthol. En présence de substances « fraîcheur », les cellules produisent des signaux électriques qui sont enregistrés, permettant ainsi d’évaluer le pouvoir « rafraîchissant » du composé testé. Et certains composés extraits des cigarettes se sont avérés avoir un pouvoir rafraîchissant bien supérieur à celui du menthol.

« Ces résultats signifient que ces cigarettes « non mentholées » produisent des effets similaires au menthol lorsqu’elles sont fumées, ce qui facilite l’inhalation des autres composants plus désagréables de la fumée du tabac », a déclaré dans un communiqué Hanno Erythropel, l’un des auteurs de l’étude. Une des nouvelles molécules trouvées, le WS-3, inquiète particulièrement car elle possède un pouvoir rafraîchissant plus important que le produit de référence (utilisé avant l’interdiction du menthol) et est toxique chez le rongeur.

•• Contactée par Le Figaro, l’Agence de sécurité sanitaire (Anses) n’a pas souhaité répondre à nos questions, nous précisant qu’elle « intervient en appui scientifique et technique auprès du ministère sur ces sujets ». Néanmoins, elle publie sur son site internet les composés que les industriels du tabac déclarent utiliser pour produire leurs cigarettes. Le composé WS-3 figure dans la liste, au titre de « produit à fumer à base de plantes » (alors qu’il est défini comme un « composé de synthèse » par les chercheurs américains), dont la fonction est d’être un « renforçateur d’arôme et/ou du goût ».

Quant à la Direction générale de la Santé (DGS), elle reconnaît le problème des cigarettes à l’appellation « fresh », mais précise que les industriels ont déclaré ces composés « conformes la législation, dans la mesure où les teneurs réduites en additifs dans la composition les placent en dessous du seuil de détection sensorielle, et donc ne seraient pas des arômes caractérisants ». Là encore, c’est contraire à ce que montrent les résultats de l’étude américaine, qui pointe une « forte action sensorielle du composé WS-3 ».

•• Dans son rapport d’expertise collective de mars 2022, l’Anses, responsable de l’évaluation des effets des produits du tabac sur la santé humaine en France, souligne la difficulté d’identifier l’additif à l’origine dun arôme caractérisant, pour plusieurs raisons.

Il est difficile de les rechercher dans les cigarettes car l’analyse chimique ne permet pas de différencier un additif des ingrédients d’une cigarette. L’Anses utilise donc les informations de composition transmises par les fabricants. Ainsi, elle considère dans son avis que « le seul encadrement des additifs constitue une fragilité juridique et que ce cadre devrait être adapté pour s’appliquer autant que possible aux ingrédients, substances réellement présentes dans le produit fini ». L’Agence recommande alors un programme d’analyse chimique et la mise en place d’une réglementation en élaborant une liste actualisable de substance et famille de substance à interdire. (Voir aussi 17 et 23 mai 2021).

La DGS précise qu’« étant donné l’implication de plusieurs pays européens, et les nécessaires échanges qui ont eu lieu pour consolider les résultats des analyses menés sur ces produits, cette procédure s’est avérée très longue ».