Dans sa chronique hebdomadaire sur France Culture « Que nous arrive-t-il ? », Laurent Joffrin du Nouvel Observateur a disserté, ce vendredi 7 mars, sur le « triomphe de la cigarette électronique », l’un de ces produits emblématiques, mais aussi révélateurs, des temps qui courent. Quitte à s’autoriser quelques digressions.
Mais revenons au vrai phénomène. Deux millions de vapeurs, … près de deux mille boutiques ouvertes en un an et … les géants du tabac qui vont s’y lancer en « utilisant cette fois, le réseau des buralistes, ce qui laisse présager un succès décuplé » … une partie des fumeurs laisse tomber le tabac au profit d’un autre produit.
« Ce triomphe spectaculaire débouche sur un paradoxe contemporain » embraye le chroniqueur. «Paradoxe à l’heure où l’on est si soucieux d’authenticité, c’est la supériorité du faux sur le vrai, de l’ersatz sur le produit authentique, de l’artificiel sur le naturel. Toutes choses qui vont contre le sens commun ». Et Laurent Joffrin d’illustrer son propos. En forçant et en allant chercher ses exemples … très loin.
• Avec la e-cigarette : « le tabac, produit naturel, est dangereux ; ainsi, la fausse cigarette vaut mieux que la vraie ».
• Avec le sucre : « vrai, il favorise l’obésité, source de pathologies dangereuses ; faux, il ménage le poids des consommateurs sans présenter d’effets indésirables ».
• Avec le beurre : « le vrai beurre, produit naturel mais trop gras, favorise les AVC. Mieux vaut la margarine ».
• Avec la politique. Comme la famille Tiberi (dans le 5ème arrondissement de Paris) avec « des faux électeurs supérieurs aux vrais. Les faux assurent une réélection confortable, les vrais sont imprévisibles ». Ou encore Jean-Francois Copé préférant « les faux résultats du vote (à la présidence de l’Ump), meilleurs pour sa santé politique ». Enfin, le PS qui a « longtemps préféré les fausses factures aux vraies, plus rentables pour le parti ».
A l’heure où se répand le culte de la transparence et de la vérité, il apparaît que le faux, le fabriqué progressent partout, conclut Laurent Joffrin : « ce pourrait être un slogan de notre époque si sidérante : l’authenticité et le naturel sont dangereux et trompeurs ».




