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25 Nov 2025 | L'Info
 

Des jeunes adultes ont raconté à BFMTV (le 23 novembre) leurs efforts et les difficultés rencontrées pour convaincre leurs parents de lâcher la cigarette.
La hausse du prix du paquet, les campagnes de prévention, les espaces sans tabac et l’engagement d’influenceurs contribuent à faire reculer la consommation de tabac chez les jeunes, au point que ce sont désormais souvent eux qui encouragent leurs parents à arrêter de fumer.
Nous reprenons l’essentiel du sujet de Jeanne Buland.


/ Depuis leur plus jeune âge, la jeune Yaël et sa sœur implorent désespérément leurs parents d’arrêter de fumer.

À 22 et 17 ans, les deux sœurs ne cachent pas leur exaspération devant ce couple de quinquagénaires qui consomme au quotidien plus d’un paquet de cigarettes chacun, et cela depuis le début de l’adolescence.

À l’inverse, les jeunes femmes n’ont jamais touché une cigarette de leur vie. C’est le cas d’un nombre croissant de jeunes Français, à en croire l’étude européenne sur la consommation des jeunes publiée en septembre dernier par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT / voir 12 septembre 2025).


/ Cela semble aller dans le sens d’une tendance générale de « prise de conscience dans la société des effets délétères de ces comportements », juge Nicolas Prisse, président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives.

Seuls 20 % des jeunes de 16 ans avaient déjà expérimenté le tabac en 2024, selon cette étude : l’un des niveaux les plus faibles d’Europe.

En dix ans, la part des adolescents de 16 ans fumant quotidiennement a été divisée par cinq en France, passant d’environ 16 % en 2015 à 3,1 % en 2025.


/ « Ça ne m’a jamais attirée », raconte par exemple Yaël.

« Je n’ai jamais trouvé ça stylé ou cool, même à l’époque du lycée quand les jeunes commencent. » Elle explique pourtant qu’autour d’elle, dès le collège, certains camarades commençaient déjà à fumer. Pour autant, elle estime que la pression sociale autour du tabac a quasiment disparu aujourd’hui au sein de sa génération. « Aucun d’entre nous n’aurait osé “shamer” (ridiculiser) ceux qui ne voulaient pas fumer, peu importe leurs raisons », rapporte-t-elle.

Au contraire, la jeune femme s’est déjà sentie honteuse après avoir reçu des remarques de camarades au lycée sur l’odeur de cigarette imprégnée dans sa veste, alors même qu’elle ne fume pas. Selon elle, la nouvelle génération entretient un rapport profondément renouvelé à la cigarette, devenue ringarde ces dernières années grâce aux nombreuses campagnes de sensibilisation et à l’augmentation régulière du prix du paquet.

Parmi ces évolutions, la loi Evin (du 10 janvier 1991, qui encadre la vente et la promotion d’alcool et de tabac) a grandement contribué à enrayer la consommation des jeunes. Ce plan antitabac français s’inscrit dans l’objectif fixé par l’Union européenne : atteindre une génération sans tabac, avec moins de 5 % de la population de l’UE consommant des produits du tabac d’ici 2040.


/ Le docteur Bernard Basset, président de l’association Addictions France, estimait en mai dernier que « la cigarette et les produits du tabac étaient considérés comme des drogues des générations antérieures, une drogue de vieux, disons-le. C’est vrai qu’elle est moins fun ».

« Nous avons réussi à ringardiser et dénormaliser le tabac en l’éloignant des lieux du quotidien », se réjouit Alexandre Mirkovic, directeur de l’ONG Demain sera non fumeur (DNF), qui vise à protéger et sensibiliser la population aux méfaits du tabac. « Le rapport de force entre générations s’est inversé : la tendance de consommation est aujourd’hui clairement à la baisse, au point que ce sont désormais les enfants qui encouragent leurs parents à arrêter. »

L’ONG travaille désormais à éloigner les adolescents du tabac en misant sur des campagnes de prévention ciblant les 12-18 ans. C’est notamment le cas de la campagne Rentre dans le game, qui mobilise influenceurs et créateurs de contenus afin qu’ils transmettent à leur audience un message simple : ne pas commencer à fumer.


/ C’est le cas de Fares Chabi, créateur de contenus suivi par 160 000 personnes sur Twitch, qui réalise pour « Demain sera non fumeur » des vidéos destinées à dissuader les adolescents de commencer à fumer.

« C’est de la communication passive », explique ce non-fumeur convaincu de 25 ans, dont certaines vidéos dépassent le million de vues. « Cette cible très jeune ne retiendra peut-être pas la vidéo en elle-même, mais elle plante une petite graine dans leur tête : l’idée que ça ne sert à rien de fumer. On espère que cela contribuera à faire encore reculer le tabagisme. »

Pour lui, ces jeunes ont grandi au milieu des campagnes de prévention et des images choc sur les paquets, au point que l’idée de ne pas fumer est devenue une évidence. « Le tabac a perdu son aura. On l’a longtemps présenté comme quelque chose de “cool”, notamment avec son ultra-présence dans les films français. Mais aujourd’hui, les jeunes ont compris que c’était une construction sociale et, depuis quelques années, ils n’y voient plus vraiment d’intérêt. »


/ Plus jeune, Marion allait jusqu’à cacher les paquets de cigarettes de sa mère Sandrine pour l’empêcher d’y toucher.

Depuis son adolescence, et même son enfance, la jeune femme de 22 ans tente de convaincre sa mère d’arrêter, en vain. « Elle a tellement de mal à s’en détacher : c’est un combat constant pour elle, qui est accro depuis une vingtaine d’années. Chaque semaine, elle dit qu’elle va arrêter mais ça ne dure jamais bien longtemps. »

À force de voir sa mère lutter contre son addiction, Marion s’est juré de ne jamais commencer. « Hors de question ! Il n’y a aucun avantage à commencer, d’autant que je me suis longtemps sentie impuissante face à ma mère incapable d’arrêter : je trouvais ça assez triste… J’ai longtemps eu peur qu’elle contracte une maladie grave à cause de ça », raconte cette étudiante en langues, qui sermonne régulièrement sa mère sur le sujet.

« Voir ma mère avec les dents jaunies, l’odeur de la cigarette froide… ça m’a dégoûtée et ça ne m’a jamais donné envie », avance également Clarisse, entrepreneure de 23 ans à Pantin (Seine-Saint-Denis). « J’ai aussi vu l’argent que ça représentait et, personnellement, je préfère partir en voyage ou au restaurant plutôt que d’acheter des clopes. Je ne vois pas l’intérêt : ça coûte cher, ça pue, et ce n’est pas bon pour la santé. »


/ Cette femme de 75 ans fume compulsivement plusieurs paquets par jour depuis l’adolescence, tandis que sa fille a toujours été non-fumeuse.

Il y a quelques années, Clarisse lui a même offert une vapoteuse dans l’espoir qu’elle lâche progressivement le tabac, mais « ça n’était pas assez fort à son goût ». « Elle n’a aucune envie d’arrêter, c’est son plaisir et elle est totalement hermétique aux campagnes de sensibilisation… »

Le matin au réveil, la première chose que fait la mère de Clarisse « c’est de prendre une cigarette sur sa table de nuit et de la fumer au lit. J’ai du mal à comprendre, mais bon ». Autour d’elle, les adolescents qu’elle côtoie sont très rares à fumer : Clarisse constate « quelques tentatives de vapotage », mais pas d’achats réguliers de paquets.


/ « Les jeunes sont aussi plus lucides sur le plan financier : ils voient d’abord que le tabac coûte cher et, de manière générale, le regard porté sur la cigarette s’est durci. Certaines influenceuses fument encore, mais dès qu’elles postent des photos où c’est visible, j’ai remarqué qu’elles reçoivent des critiques. Même sur Vinted, on le voit dans les évaluations : l’odeur de cigarette est régulièrement pointée du doigt. »

Mais les jeunes ne sont pas totalement préservés. L’essor de nouveaux produits nicotiniques, comme les puffs et autres cigarettes électroniques, déplace la consommation et soulève d’autres inquiétudes. Par ailleurs, de nouveaux comportements à risque émergent : notamment l’usage non médical de médicaments, la dépendance aux réseaux sociaux ou encore les jeux d’argent.