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24 Juil 2021 | Observatoire
 

« Le débat sur la légalisation du cannabis va s’inviter à la Présidentielle. C’est une question de santé publique » ont conclu les intervenants d’une table-ronde organisée par le think tank « Droits de Cité » dans les locaux du journal L’Union, le 8 juillet. 

•• Arnaud Robinet, maire de Reims, a défendu sa position, déjà bien connue (voir 16 septembre 2020), et n’a pas manqué de rappeler que la France était l’État  « le plus répressif en la matière en Europe … et c’est loin de fonctionner. La dernière mesure, l’amende forfaitaire qui est expérimentée à Reims, n’est pas un succès.

« Je n’oublie pas ce jour où le ministre Darmanin est venu communiquer sur cette amende. On s’est retrouvé face à deux jeunes de 18 ans qui mangeaient un Mac Do, un joint à côté d’eux. Ils ont vu débarquer le ministre de l’Intérieur, le préfet, le préfet de police … Ils ont pris une amende à 200 euros. Est-ce en amendant deux jeunes consommateurs qu’on va mettre fin au trafic ? Je ne le crois pas. Ça ne fonctionne pas ! Je dis, essayons autre chose, menons une réflexion…

« Depuis, des parlementaires se sont emparés du sujet et, je serai d’ailleurs reçu la semaine prochaine par Olivier Véran, ministre de la Santé, pour évoquer le sujet. On a remis le débat sur la table. C’est un vrai sujet, qui n’est pas facile, clivant, mais qui doit s’inviter à la Présidentielle ».

Et d’insister auprès du public présent : « Légalisons la production, soyons vigilants sur le taux de THC et faisons entrer des taxes afin d’accroître la politique de prévention contre les addictions et la sécurité. Je suis conscient des effets néfastes sur la construction des adolescents. Ce n’est pas de l’angélisme. Il s’agit de contrôler la qualité afin de mettre fin à ce réseau souterrain qui pourrit la vie de certains quartiers. »

•• Alain Rigaud, psychiatre addictologue et président d’honneur d’Addictions France, s’est rangé à l’avis du maire, partageant sa position sur l’inefficacité de la répression.

« Le cannabis est dangereux pour la santé, en particulier pour les jeunes avec un cerveau en cours de développement. C’est un produit qui n’est pas inoffensif, mais il ne faut pas non plus le diaboliser. Ce n’est pas le produit le plus dangereux. Il arrive même en 5ème position après l’alcool, l’héroïne, la cocaïne et le tabac. Il faut avoir cette échelle de gravité en tête. 

« La prohibition actuelle, elle n’empêche pas les propositions à la sortie des écoles (…) Il faut arrêter avec la répression des consommateurs. Sur 175 000 personnes interpellées l’an passé, 95 % étaient des consommateurs et non des trafiquants … Avec des peines de rappel à la loi… Ça ne sert pas à grand-chose. L’interdiction n’a plus de sens. La répression actuelle est un constat d’échec sur les deux volets, sanitaire et sécuritaire. La répression ne fonctionne pas. Elle enrichit le trafic, elle ne protège pas les mineurs, elle n’a aucun bénéfice pour la santé publique ou sur les finances publiques.

« Le marché des stupéfiants est le premier marché criminel en France. Il faut changer de modèle. Arrêter de poursuivre les consommateurs n’empêche pas de continuer à poursuivre les dealers … »