Une fenêtre sur l’actualité quotidienne de tous les événements liés directement ou indirectement au tabac
2 Août 2014 | Observatoire
 

Après le sexe et de la drogue, L’Express Culture se penche, cette semaine , sur le rôle de la cigarette dans les séries TV. En analysant  précisément sa fonction dans quatre grandes productions américaines, diffusées sur le PAF (crypté) français.

•• « Evoquer un âge d’or qui n’est plus », House of Cards ou Mad Men (Canal +)

TV Cigarette« Presque tous les soirs, c’est le même rituel. A la tombée de la nuit, l’élu Frank Underwood et sa femme Claire se retrouvent à la fenêtre de leur maison … Il font tous deux bien attention à ne pas être vus par leur garde du corps et, seuls dans le noir, ils allument une cigarette. Le couple carnassier se regarde, sourit, ricane, et ressemble étrangement à deux ados bravant les interdits de leur lycée. Dans « House of Cards », la pause cigarette est un moment de respiration salvateur en marge de la course effrénée qui les mène vers les sommets du pouvoir. Elle donne également au téléspectateur l’image d’un couple quinqua à cheval entre deux époques, celle où la cigarette était fumée sans vergogne dans tous les établissements publics et l’actuelle, hyper hygiénique, où l’addiction au tabac est quasiment perçue comme une faute morale. Ici, la cigarette est le vestige d’un autre âge tendant lui-même à disparaître ».

TV Cigarette« Cette autre époque (celle des années 60), c’est justement celle de « Mad Men ». Dans la série de Matthew Weiner, presque tous les personnages fument comme des sapeurs. Et ils le font partout : au travail, dans l’ascenseur, à table, en présence de leurs enfants et même chez le gynécologue …
La crainte des maladies liées au tabagisme n’y est jamais évoquée. Avant même de donner la nostalgie d’une époque où l’on pouvait fumer partout, Mad Men représente pour les fumeurs l’époque où l’on n’avait pas peur 
».

•• « A servir de marqueur social » : Shameless (Canal +) et Breaking Bad (OCS City)

TV Cigarette• « Dans certaines séries, la cigarette joue un rôle … d’ordre sociologique. Dans « Shameless », les membres de la famille Gallagher ont beau vivre à l’époque où la consommation de cigarette a du plomb dans l’aile… Ils fument pratiquement tous et dans l’indifférence la plus totale. La cigarette permet au créateur de la série, Paul Abbott, de montrer que les pouvoirs publics se sont coupés des classes populaires n’étant pas concernées par les politiques de santé publique.

« De l’autre côté de l’Atlantique, sur les terres de « Breaking Bad », en pleine chaleur  du Nouveau-Mexique, Jesse Pinkman et sa bande de bras cassés sont systématiquement mis en scène la clope au bec. C’est ainsi que l’on reconnaît un junkie dans la fiction. 
Dans ces deux séries, la cigarette est l’apanage des marginaux et des laissés-pour-compte ».

•• « A donner un parfum rock and roll aux personnages » : Californication (M6)

TV Cigarette« Mais la cigarette est un drôle d’objet polymorphe … A l’inverse de « Shameless » et de « Breaking Bad », le tabac permet également à certains personnages d’être dans le coup. Dans « Californication », Hank Moody prend un malin plaisir à fumer cigarette sur cigarette. Dans un Los Angeles parfaitement aseptisé, le romancier s’inscrit à contre courant d’une société qui a érigé la santé et le fitness en valeur suprême. En fumant comme un sapeur, Hank Moody noue une filiation symbolique avec son idole Charles Bukowski. Et à en croire son tableau de chasse féminin, force est de constater que son je-m’en-foutisme suranné continue de séduire ».

•• « A donner de la contenance aux comédiens » : Mad Men (encore) 

« N’importe quel comédien vous le dira, les difficultés de jeu commencent par les bras. Ils sont encombrants. La nervosité transparaît au niveau des épaules que l’on tient souvent trop haut… Mais la cigarette est une solution miracle. Elle donne de la contenance, occupe les mains, impose un rythme et une gestuelle. Les acteurs de « Mad Man » fument tous et le tabac leur confère une aura glamour indéniable. Il est en effet bien difficile de se figurer Don Draper sans son paquet de Lucky Strike. Ce qu’a imaginé, tout de même, l’équipe en remplaçant les cigarettes par des objets incongrus … ».