
Pourquoi tant de cigarettes de contrefaçon en France ? À cause du niveau des prix officiels du tabac, bien sûr. Mais comment arrivent, en tout point du territoire, tous ces produits ?
Une explication nous est donnée à l’occasion du procès, du 15 au 19 juin, de tout un réseau de logistique et d’approvisionnement de cigarettes de contrefaçon venant d’Espagne et de Belgique, au tribunal judiciaire de Rennes.
Mais tout commence, le 17 février 2024, par un contrôle des Douanes sur l’autoroute A 10, au niveau de l’aire de Chermignac (Charente-Maritime), en direction de Bordeaux.
Le chauffeur ukrainien d’un camion utilitaire explique qu’il n’a pas les clés quand on lui demande d’ouvrir son hayon arrière… et pour cause, pas moins de 1 090 cartouches de Marlboro contrefaites y sont découvertes sous des matériaux d’isolation.
Pour l’anecdote, les cartouches seront détruites, par les Douanes, un peu plus tard, en présence du président de la Confédération Philippe Coy (voir 10 juillet 2024).
À partir de cette saisie, une enquête au long cours a permis de démanteler le réseau de 12 personnes jugées en ce moment à Rennes.
Avec des points de revente implantés sur l’Ouest atlantique, de Bordeaux à la région de Saint-Nazaire / Pornic.
Servis par une organisation logistique souple et très opérationnelle circulant en fourgonnettes.
De l’usine clandestine de Belgique ou d’Espagne… à des réseaux de revente locaux en France.
Par exemple, en Loire-Atlantique, un « semi-grossiste » avait des clients dans tout le département qui venaient s’approvisionner à son domicile de Pornic (à 30 kilomètres de Saint-Nazaire). Les commandes ayant été passées auparavant par Snapchat.
Et c’est toute la famille – sa femme, ses deux filles et son fils de 12 ans – qui donnait un coup de main au trafic. Les clients pouvant être de simples fumeurs ou, à leur tour, des revendeurs.
Ce semi-grossiste a déclaré réaliser en moyenne 2 000 euros de bénéfice par lot de 10 cartons (acheté 16 000 euros au réseau logistique).
À Bordeaux, un revendeur s’approvisionnait auprès du réseau logistique pour 20 cartons par mois. Au tarif de 18 euros la cartouche (revendue 22 euros). Bénéfice total : 72 000 euros sur 18 mois.
Un autre revendeur faisait du trafic avec sa sœur en s’approvisionnant aussi auprès du même réseau logistique. 100 000 euros de bénéfice net sur un an.
L’ensemble des saisies, pendant l’enquête, a porté sur 4,6 tonnes de cigarettes contrefaites.




