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14 Juin 2026 | Profession
 

Les ventes de tabac continuent de reculer en France comme en Corse. Une évolution portée par la baisse du nombre de fumeurs et l’essor du vapotage. Mais sur l’île, les professionnels alertent aussi sur une autre réalité : la progression du marché parallèle, qui fragilise davantage leur activité. C’est ainsi que débute un reportage de Ici Corse (de Patrice Roubaud) que nous reprenons.

Selon le dernier rapport de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), les volumes de tabac vendus dans le réseau des buralistes ont diminué de 8,2 % en 2025 par rapport à 2024 (voir 27 mai 2026).

Cette baisse des ventes reflète une évolution profonde des habitudes de consommation. En 2024, moins d’un adulte sur cinq âgé de 18 à 75 ans déclarait fumer quotidiennement, soit le niveau le plus faible observé depuis le début des mesures en 2000. Chez les lycéens, le recul est encore plus spectaculaire : alors que 30,8 % fumaient quotidiennement en 2010, ils n’étaient plus que 5,6 % en 2024.

Parallèlement, la cigarette électronique poursuit sa progression. Le vapotage quotidien gagne du terrain chez les jeunes tandis que les ventes de traitements nicotiniques de substitution ont augmenté de 7 % en pharmacie en 2025.

La contrebande au cœur des inquiétudes

Pour les buralistes, la baisse du tabagisme n’explique toutefois pas à elle seule le recul des ventes.

En 2025, les Douanes ont saisi 24,5 % de cigarettes de plus qu’en 2024. Au total, près de 548 tonnes de tabac illicite ont été interceptées.

Selon un rapport publié par le cabinet d’audit KPMG début juin (voir les 9 et 3 juin), le marché parallèle du tabac atteint un niveau record en France. En 2025, plus d’une cigarette sur deux consommée, soit 53,6 %, n’a pas été achetée chez les buralistes. Parmi elles, près de 21 milliards de cigarettes proviennent de la contrebande ou de la contrefaçon, faisant de la France le premier marché illicite d’Europe.

La contrefaçon explose et représente désormais une cigarette sur cinq consommée. Cette situation priverait l’État de plus de 10 milliards d’euros de recettes fiscales par an. Le rapport pointe également le rôle croissant des réseaux sociaux et des circuits de vente clandestins dans la diffusion de ces produits.

Une situation qui préoccupe particulièrement les débitants de tabac corses. « Nous sommes aujourd’hui dans une situation délicate face à la flambée de la contrebande », alerte Christian Croquelois, président de la fédération des buralistes de Corse.

Selon lui, le recul de la consommation est encore plus marqué sur l’île que sur le continent. « Deux facteurs expliquent cette situation. D’abord, la Corse est revenue à un niveau de prix quasiment identique à celui du continent. Ensuite, les trafics se développent. »

Dans son bureau de tabac du centre-ville, Daniel Dodoli dresse le même constat. « Le marché parallèle progresse. Pourtant, ceux qui y ont recours s’exposent à de lourdes amendes. Quant aux croisiéristes allemands et anglais, nombreux à faire escale ici, ils sont souvent surpris par les prix pratiqués. Face à ces tarifs, ils préfèrent attendre une prochaine escale en Espagne ou en Italie pour effectuer leurs achats. »

Face à cette évolution, la profession a renforcé sa vigilance. « Nous avons mis en place des systèmes d’alerte et nous travaillons en étroite collaboration avec les services des Douanes. Les trafics se multiplient et nous devons rester particulièrement attentifs », poursuit Christian Croquelois.

Le vapotage, nouveau relais de croissance

Dans ce contexte, les buralistes cherchent à diversifier leur activité. À la tête d’un bureau de tabac, Jean-Christophe Vignoli (voir photo) observe lui aussi l’évolution rapide des habitudes de consommation. « Le tabac reste notre principale source de chiffre d’affaires, mais l’espace consacré à la cigarette électronique a été multiplié par trois, voire quatre ces dernières années. »

Pour ce commerçant, le vapotage constitue désormais une alternative crédible à la cigarette traditionnelle. « Les consommateurs recherchent des solutions pour réduire leur consommation de nicotine ou arrêter de fumer. Nous avons dû nous former, avec nos équipes, afin de pouvoir les conseiller et les accompagner dans cette démarche. »

Une spécificité corse qui demeure

Malgré cette baisse générale, la Corse conserve un profil particulier en matière de tabagisme. Plus d’un quart des adultes âgés de 18 à 79 ans déclarent fumer et près d’un sur cinq est fumeur quotidien.

L’une des principales spécificités de l’île concerne les femmes. Contrairement à de nombreuses régions françaises, leur consommation quotidienne de tabac est quasiment équivalente à celle des hommes. Cette tendance est particulièrement marquée chez les 18-29 ans.

Autre singularité : les Corses figurent parmi les Français les plus nombreux à exprimer le souhait d’arrêter de fumer et à entreprendre une démarche de sevrage.

Pour les acteurs de santé publique, ces données soulignent la nécessité de poursuivre les actions de prévention et d’accompagnement, notamment auprès des femmes et des populations les plus fragiles socialement, qui demeurent les plus exposées aux conséquences sanitaires du tabagisme.