
La chute est aussi spectaculaire que révélatrice. Au premier trimestre, les taxes sur l’alcool et le tabac – les accises, selon le terme précis – ont rapporté seulement 3 milliards d’euros, contre 4 milliards durant la même période de 2025. C’est ainsi que débute un article de Denis Cosnard du Monde (le 12 juin) que nous reproduisons.
Un milliard d’euros partis en fumée en un an, soit une baisse de 25 %, selon les chiffres publiés le 9 juin par la Direction générale des Finances publiques. Les autres recettes fiscales ont, au contraire, progressé de plus de 2 % dans le même temps, grâce notamment à la fin du « bouclier tarifaire » sur l’électricité, qui a fait bondir de 16 % les taxes sur l’énergie.
Que se passe-t-il au rayon alcool et tabac ? Un cocktail de facteurs explique le plongeon du premier trimestre.
Le premier est technique : certaines taxes sur le tabac, habituellement comptabilisées en début d’année, l’ont été au dernier trimestre 2025, amoindrissant ainsi la collecte des premiers mois de 2026.
Mais, même en écartant cet effet de calendrier, le recul reste notable. Les taxes sur le tabac fléchissent de 6 % en rythme annuel, et celles sur les alcools de 10 %.
Le décalage dans la collecte a, en réalité, accentué un mouvement profond, observé depuis plusieurs années : une nette baisse des recettes fiscales liées au tabac et à l’alcool.
Pour le tabac, le rendement des accises est passé de 15,4 milliards d’euros en 2020 à 13,1 milliards en 2025, selon Bercy. Pour l’alcool (4,1 milliards d’euros de recettes en 2025), le reflux est plus modéré, mais sensible également, au moins depuis 2022.
Une mauvaise nouvelle pour Bercy à court terme, mais encourageante pour la santé publique. Car la fonte des recettes fiscales reflète avant tout « une diminution des volumes d’alcool et de tabac consommés », souligne le ministère.
Les ventes totales de tabac dans le réseau des buralistes de France continentale se sont affaissées de 8,2 % en 2025, portant le recul à 45 % en huit ans, selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (voir le 27 mai).
« Moins d’un adulte de 18 à 75 ans sur cinq fume quotidiennement en 2024 », le taux le plus faible jamais enregistré depuis 2000, ajoute l’Observatoire. La cigarette est largement passée de mode chez les adolescents, en particulier
Un effet, en partie, des taxes qui rendent le tabac coûteux, notamment pour les jeunes. C’est tout le principe de la « fiscalité comportementale », qui vise à la fois à augmenter les recettes publiques et à limiter les comportements présentant un coût élevé pour la société (hospitalisations, décès prématurés, etc.).
Les données sur le tabac sont cependant à prendre avec précaution, dans la mesure où une partie des clients français s’approvisionne à l’étranger, ou sur le marché noir.
Côté alcool, la consommation française de vin a chuté de 60 % depuis les années 1960, selon FranceAgriMer. Elle s’est encore tassée de 3,2 % en 2025, indique l’Organisation internationale de la vigne et du vin.
Création de taxes voisines
Les recettes fiscales en cause vont-elles continuer à baisser ? Jusqu’où ? Impossible à dire. Ce qui est sûr, c’est que, chaque automne, le débat budgétaire voit fleurir des propositions d’augmentation des taxes actuelles sur le tabac et l’alcool, et de création de taxes voisines. C’est ainsi que la « taxe soda » sur les boissons sucrées, instaurée en 2012 et alourdie au fil des ans, a rapporté environ 900 millions d’euros en 2025, et vu son rendement grimper encore de 57 % au premier trimestre 2026.
Pour le budget 2026, les députés avaient imaginé une quinzaine d’amendements pour muscler la fiscalité des boissons alcoolisées. « Nos filières demandent unanimement un statu quo fiscal, rien de plus, rien de moins », avaient alors alerté les professionnels, en mettant dans la balance le fait que « plus de 600 000 emplois » étaient menacés. Les amendements, abandonnés, ressortiront sans doute dans quelques mois, au nom de la santé publique.
Ce sera certainement aussi le cas de la taxe sur les produits de vapotage, retirée in extremis du budget 2026. Elle devait faire gagner 120 millions d’euros par an à l’État. Plus d’une vingtaine de pays comme l’Allemagne, l’Italie ou la Belgique ont déjà mis en place des impôts sur cette consommation en plein essor.
Et deux directives européennes vont obliger les États qui ne le font pas encore, comme la France, à taxer le vapotage à compter de 2028.




