Une fenêtre sur l’actualité quotidienne de tous les événements liés directement ou indirectement au tabac
22 Mai 2026 | International
 

Alors que le Parlement européen s’apprête à voter sur le plan européen de santé cardiovasculaire.
Alors que l’UE fait progresser ses travaux sur le plan européen de lutte contre le cancer, une question fondamentale plane sur Bruxelles : la politique de santé publique de l’UE est-elle alignée sur les réalités de la maladie dans l’Europe moderne, ou sur ce qui est politiquement le plus facile à réglementer ?
Nous reprenons un article, publié depuis Bruxelles, par The European Times (le 8 mai).

Le cadre même de la Commission reconnaît l’ampleur du défi.

Les maladies cardiovasculaires, le diabète et l’obésité sont en nette augmentation, notamment chez les jeunes Européens. Pourtant, l’analyse des politiques mises en œuvre par l’Union révèle un déséquilibre frappant. La réglementation reste fortement concentrée sur la nicotine et les mesures liées au tabac, tandis que les principaux facteurs de risque de maladies – obésité, mauvaise alimentation, consommation excessive de sucre, aliments ultra-transformés et alcool – ne sont abordés que de manière fragmentaire ou limitée.

Il ne s’agit pas d’un argument contre la lutte antitabac. Réduire le tabagisme demeure un objectif légitime et positif de santé publique, et les progrès accomplis dans ce domaine doivent être salués. Cependant, le succès implique la responsabilité de s’adapter.
La consommation de tabac est en baisse dans une grande partie de l’Europe, sous l’effet conjugué de l’évolution des comportements des consommateurs, de l’innovation et de transformations sociétales plus larges.
Parallèlement, le fardeau sanitaire s’est déplacé ailleurs, et les politiques publiques n’ont pas suivi le même rythme.

Plus de la moitié des adultes de l’UE sont désormais en surpoids. L’obésité infantile est devenue un problème.
Environ un enfant sur quatre est concerné. Les maladies liées à l’alimentation, les troubles métaboliques et la consommation d’alcool jouent un rôle de plus en plus central dans l’évolution de la santé à long terme en Europe. Il ne s’agit pas de risques marginaux ; ils sont désormais les principaux facteurs de maladies cardiovasculaires et de cancers.

Pourtant, l’architecture politique de l’UE raconte une histoire différente.

La nicotine demeure soumise à une réglementation harmonisée et exhaustive au niveau de l’UE.
En revanche, les mesures relatives aux systèmes alimentaires, à la consommation de sucre et à l’alcool sont diffuses, souvent volontaires et largement laissées à la discrétion des États membres. Il en résulte une asymétrie structurelle : les risques en baisse sont strictement réglementés, tandis que les risques en hausse sont encadrés par des mesures souples et des initiatives fragmentées.

Il en résulte un décalage croissant entre l’intensité des politiques et leur impact réel sur la santé.

Ce déséquilibre n’est pas fortuit.
Il reflète les limites de la compétence de l’UE. La politique de santé, notamment dans des domaines comme l’alimentation et le mode de vie, relève principalement de la compétence des États membres. L’Union ne peut imposer de restrictions générales aux systèmes alimentaires de la même manière qu’elle réglemente les produits dans le cadre du marché unique ou applique des régimes d’accise, comme elle le fait pour le tabac.

Mais reconnaître ces contraintes ne résout pas le problème ; cela ne fait que le mettre en évidence.

Si l’UE ne peut réglementer directement certains facteurs de risque, elle doit au moins garantir la cohérence de ses actions. Or, la politique actuelle risque de fausser le paysage de la santé publique : elle témoigne d’une urgence là où des progrès sont déjà réalisés, et d’une hésitation là où la crise s’aggrave.

Cela soulève une série de questions gênantes mais nécessaires.

Comment la Commission évalue-t-elle si ses politiques sont proportionnées à l’ampleur des défis sanitaires en Europe ? Comment justifie-t-elle le maintien d’une concentration de ses efforts législatifs sur des facteurs de risque en baisse, alors que l’obésité et les maladies métaboliques sont en forte hausse ? Et quelles mesures concrètes seront prises pour garantir que les initiatives futures reflètent l’ensemble des risques identifiés dans ses propres analyses ?

Le commissaire Olivér Várhelyi lui-même a récemment souligné le problème. Dans une vidéo marquant la Semaine européenne de la jeunesse, il a reconnu le fardeau croissant des maladies cardiovasculaires, du diabète et de l’obésité chez les jeunes Européens.
Pourtant, malgré cela, le programme de prévention de la Commission reste largement axé sur les mesures liées à la nicotine, ce qui montre clairement où se concentrent les efforts réglementaires, même si le contexte sanitaire global évolue.

Car, sans changement de cap, l’UE risque de poursuivre une stratégie de santé publique incohérente. Une stratégie non pas trop stricte, mais sélectivement stricte. Une stratégie qui applique des outils rigoureux et harmonisés à des objectifs politiquement atteignables, tout en négligeant des risques systémiques plus complexes.

Les politiques de santé publique devraient être guidées par les résultats, et non par la facilité.

Si l’Europe souhaite réellement réduire la charge de morbidité liée aux maladies, elle doit adapter sa stratégie aux réalités du terrain. Cela implique de placer la santé métabolique, l’alimentation et le mode de vie au cœur des débats et de veiller à ce que les outils politiques soient à la hauteur de ces enjeux.

Autrement, l’UE continuera d’investir du capital politique dans des domaines où les retours sur investissement diminuent, tandis que les véritables causes de la maladie resteront largement incontrôlées.

Il ne s’agit pas seulement d’une lacune politique. Il s’agit d’un problème de crédibilité.

(Voir aussi les 1er et 10 avril 2026 / Europe)

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.