
D’outil de sevrage, la cigarette électronique est devenue une porte d’entrée vers la nicotine pour une génération entière de lycéens… Une évolution alarmante qu’analyse le Professeur Loïc Josseran, président de l’association Contre Feu, professeur de santé publique et président de l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. C’est ainsi que débute un article du Petit Journal de Tarn-et-Garonne que nous reprenons (Extraits).
Comment expliquer la progression du vapotage chez les lycéens ?
Les industriels du secteur ont bien compris que le tabac était en perte de vitesse totale chez les jeunes. Cela fait un moment qu’ils travaillent sur de nouveaux produits comme la cigarette électronique et ses dérivés : un éventail de dispositifs plus colorés, aux goûts alléchants, acidulés, fruités ou sucrés mis en avant dans des boutiques aux allures de Disneyland.
Sans oublier les stratégies marketing valorisant le côté « plus respectable pour l’environnement » de ces produits. Les industriels mobilisent aussi des influenceurs aux petites communautés, qui passent un peu sous les radars des régulateurs.
Pour le Professeur Josseran, le constat est sans appel : « La cigarette électronique devrait rester un produit de sevrage, et non pas un moyen de s’initier à la nicotine. »
Quelles sont les conséquences du vapotage sur la santé des adolescents ?
Ces produits ne sont pas inoffensifs, contrairement à ce qu’on nous dit. Il existe des risques sanitaires qui, aujourd’hui, ne sont pas complètement mesurés. Certaines marques vendent des dosages extrêmes, à la limite de la légalité, pouvant engendrer d’importantes migraines. On constate également des inflammations respiratoires à l’origine de symptômes proches de l’asthme qui, heureusement, disparaissent à l’arrêt de la consommation. Certains parfums utilisés dans des produits de mauvaise qualité peuvent par ailleurs avoir des impacts neurologiques. Enfin, et c’est sans doute le risque le plus grave à long terme, les cigarettes électroniques pourraient conduire à une addiction à la nicotine, avec pour conséquences des troubles de la concentration, voire un basculement vers la consommation d’autres produits.
Les mesures législatives actuelles sont-elles suffisantes ?
La vente de cigarettes électroniques est interdite aux mineurs, tout comme celle des vapoteuses à usage unique, les fameuses « puffs », depuis 2025. « Nous avons énormément travaillé avec les députés pour obtenir cette interdiction, sachant que 85,5 % des lycéens expérimentateurs avaient commencé par ces produits selon l’OFDT », rappelle le professeur.
Mais les résultats restent insuffisants. L’initiation nicotinique se fait encore à partir de 14-15 ans, et les deux tiers des buralistes vendent encore à des mineurs sans aucun contrôle d’identité. « Cela reste extrêmement compliqué de mobiliser les instances gouvernementales sur ce sujet », déplore-t-il
Le Professeur Josseran appelle ainsi à une réglementation plus stricte. « Nous militons pour la suppression de tous ces parfums et emballages attractifs, et pour une taxation accrue afin d’encadrer davantage le marché » insiste-t-il.




