« La Cigarette et le Néant ». Dans le dernier ouvrage de l’écrivain et académicien suédois, Horace Engdahl, – le premier traduit en français – sont abordées, avec humour et élégance, des réflexions sur la vie, la mort, les relations entre individus, l’art, l’expérience, la sagesse, la folie. Bref, la condition humaine, en ce qu’elle a parfois de plus commun … comme la cigarette après l’amour. Extrait.
« A l’époque la plus dévergondée, quand, au sein de notre société, on pouvait fumer et baiser à droite à gauche sans éprouver de culpabilité, une publicité montrait un jeune couple se reposant après un rapport fougueux, chacun sa clope à la main. La légende disait : « la cigarette d’après ». Cette photo fut par la suite reprise dans d’innombrables scènes d’amour à l’écran.
« Quelques années plus tard, tout est parti à vau-l’eau, tant pour le tabac que pour l’érotisme au cinéma. Mais la découverte de l’effet et l’intensité particulière de la première bouffée sont restées. Face à l’absolu – la mort, l’orgasme, la catastrophe, la page blanche – l’homme disposait désormais d’un nouveau rite, imbattable. Cioran dit qu’il y a des moments où une cigarette vaut plus qu’un évangile. Même un chrétien l’admettra.
« Le peloton d’exécution témoigne son respect au condamné en lui accordant une dernière cigarette. Quand on est vraiment secoué, il n’y a qu’une Camel sans filtre pour vous remonter, même si ça fait des décennies qu’on a arrêté de fumer. La perspective de la fin du monde serait parfaitement supportable, si seulement on pouvait s’en griller une après ».




