Au lendemain du refus de l’extension de la « Protection contre le tabagisme passif » à l’ensemble du territoire helvétique (voir Lemondedutabac du 23 septembre), les premiers éléments d’analyse semblent converger : les citoyens suisses ont donné un signal clair contre l’excès d’interventions étatiques, même en matière de santé publique.
L’initiative visant à renforcer l’interdiction de fumer, soumise à référendum, a été balayée par 66% des votants : 1,437 million de « non » contre 741 000 de « oui » sur un total de 5 millions d’électeurs.
Même les cantons qui connaissent déjà une législation stricte se sont montrés très réservés. Ainsi, à Genève, le texte recueille à peine 52% des voix alors qu’en 2009, l’interdiction cantonale de fumer dans tous les lieux publics était acceptée à 81%. Le canton du Tessin, qui a joué un rôle pionner dans les interdictions de fumer, dit « non » de justesse (50,9%).
Pour le ministre de l’intérieur, Alain Berset, la majorité de l’électorat n’a pas souhaité durcir une législation en vigueur, depuis seulement mai 2010, qui propose « un bon compromis suisse » : elle pose une interdiction de fumer de principe dans les lieux publics et au travail, mais prévoit une série d’exceptions, tout en laissant toute latitude aux cantons d’être plus sévères. C’est d’ailleurs sur ces arguments que le Conseil fédéral avait déjà refusé le durcissement proposé par l’initiative (voir Lemondedutabac du 16 août).
Chez les observateurs, même analyse. L’actuelle loi fédérale « contre la fumée », qui a fait l’objet d’intenses batailles politiques, semble suffisante en terme de santé publique et il aurait été prématuré d’ajouter encore plus d’interdiction : « le non est un vote clair pour le statu quo ».
Enfin, l’ampleur du rejet témoignerait d’un ras-le-bol. Durant la campagne, les attaques contre « l’hygiénisme social » ont rencontré une certaine adhésion (voir Lemondedutabac du 8 juillet).




