
Jamais le prix des cigarettes n’a été aussi élevé en France, jamais il n’a été aussi simple d’en acheter à prix cassés. C’est ainsi que débute un article du Figaro – daté du 11 juin et signé Danièle Guinot – suite à la publication du rapport KPMG pour 2024 (voir 11 juin).
- Il suffit de descendre dans le métro, de rentrer dans une épicerie ou de se promener dans la rue pour dégoter des paquets à moitié prix. Problème : il s’agit de cigarettes issues de contrebande, voire de contrefaçon. Le phénomène n’est pas nouveau et touche toute l’Europe. Mais il explose en France.
En 2024, près d’une cigarette sur deux (49,4 %) a été achetée en dehors du réseau des buralistes, qui ont pourtant le monopole de la commercialisation du tabac, selon une étude de KPMG, commandée par Philip Morris International (Marlboro).
24,7 milliards de cigarettes (sur un total de 49,9 milliards) ont ainsi été vendues hors des bureaux de tabac. Un nombre en hausse de 13 % par rapport à 2023.
La France détient la palme de la consommation de cigarettes vendues au marché noir en Europe (18,75 milliards de cigarettes), loin devant l’Ukraine (6 milliards), le Royaume-Uni (5,9 milliards) et la Grèce (2,5 milliards).
« La France représente près de la moitié des trafics au sein de l’Union européenne », pointe l’étude de KPMG.
À la contrebande s’ajoutent les achats réalisés légalement à l’étranger (5,91 milliards), dans des pays frontaliers où les cigarettes sont moins chères, ou dans les magasins duty free.
« La France est le deuxième pays d’Europe après l’Irlande où les cigarettes sont les plus taxées », explique Daniel Bruquel, chef du service prévention du commerce illicite chez Philip Morris France.
« Mais, la pression fiscale n’a pas produit les effets attendus car les trafiquants ont pris le relais, fait valoir Daniel Bruquel. Les cigarettes de contrefaçon et de contrebande se sont beaucoup développées. Elles sont facilement accessibles, sur les réseaux sociaux et partout sur le territoire. »
Les épiceries sont d’ailleurs devenues un lieu de vente assez banal : dans certaines villes du sud de la France, 80 % d’entre elles proposeraient des cigarettes illégales.
Financièrement, les fumeurs y trouvent leur compte, les paquets étant vendus plus de deux fois moins cher (entre 4 et 6 euros) qu’un paquet normal (près de 13 euros).
« Résultat, si le nombre de cigarettes vendues chez les buralistes s’effondre (-12 % en 2024), ce n’est pas le cas du nombre de fumeurs, resté identique aux années 2000 », avance Stéphanie Martel, directrice des affaires externes de Philip Morris France.
Le trafic de cigarettes contrefaites est aujourd’hui très développé en France, avec 400 millions de paquets par an. Il a rapporté plus de deux milliards d’euros dans l’Hexagone en 2023 aux réseaux criminels, selon le cabinet EY. Soit un peu moins que le trafic de drogue (entre 3 et 4 milliards d’euros), plus risqué : les trafiquants encourent en effet 3 ans de prison avec le tabac contre 10 ans pour le trafic de stupéfiants.
Essor d’un marché illégal des puffs
Les réseaux de trafiquants sont déjà sur de nouveaux fronts.
Les cigarettiers constatent en effet l’essor d’un marché illégal des puffs, ces cigarettes électroniques à usage unique, très prisées par les jeunes et interdites en février dernier.
Mais des saisies ont lieu très régulièrement partout dans l’Hexagone.
Les géants du tabac redoutent le même sort pour les sachets de nicotine (appelés « pouches », à placer entre la lèvre et la gencive).
Les autorités, inquiètes du rôle de ces produits dans l’initiation des jeunes à la nicotine, envisagent en effet de les interdire.
« Les interdictions créent des marchés clandestins et privent les fumeurs de produits moins nocifs, sans protéger les jeunes, fait valoir Stéphanie Martel. Réglementer ces produits permettrait au contraire de fixer un taux de nicotine maximal ou d’interdire leur vente aux mineurs. »
Pour les industriels du tabac, les enjeux sont très importants. Face à l’inexorable érosion de la consommation mondiale de cigarettes, ils sont contraints de se réinventer pour limiter la baisse de leurs chiffres d’affaires et de leur rentabilité.
Ces dernières années, la plupart d’entre eux ont accéléré leur diversification vers le vapotage et les produits sans combustion (cigarette électronique, tabac à chauffer, sachets de nicotine…). Philip Morris a fait figure de pionnier en promettant dès 2017 un « monde sans fumée ».
Le géant a prévu d’investir 3,5 à 3,7 milliards de dollars d’ici 2027, dont 75 % dans ses nouveaux produits.
Son objectif est de réaliser les deux tiers de ses revenus en dehors de la cigarette d’ici à 2030.




