
C’est suffisamment rare pour être relevé : un ministre d’un pays européen vient d’alerter publiquement la France au sujet d’une décision sanitaire.
Benjamin Dousa, ministre suédois du Commerce extérieur, a exprimé ses inquiétudes à la suite du décret français interdisant les sachets de nicotine à compter d’avril 2026. Et il ne s’agit pas d’un simple désaccord diplomatique. Il s’inquiète des conséquences pour les citoyens suédois, mais surtout d’une orientation de santé publique qui semble s’éloigner du bon sens.
C’est ainsi que débute une tribune libre de Norbert Neuvy (fondateur de Nicotine World / voir 26 septembre).
Lorsque la Suède, pionnière européenne de la réduction des risques, tire la sonnette d’alarme, la France devrait prêter l’oreille.
Une interdiction incomprise à l’étranger… et chez nous
La France interdit donc, sans débat public ni évaluation d’impact, un produit qui permet à des fumeurs de se détourner du tabac. Les sachets de nicotine, pourtant sans tabac et sans combustion, se retrouvent bannis par un décret unilatéral. Cette mesure isole la France de ses partenaires européens et envoie un message confus : mieux vaut interdire que réguler.
Dans sa lettre officielle, le ministre suédois s’inquiète d’un risque juridique pour ses concitoyens — un touriste suédois pourrait théoriquement être puni pour avoir transporté un produit légal dans son pays et dans l’UE. Mais au-delà de ce point de droit, son intervention souligne une réalité troublante : cette interdiction française ne repose sur aucun consensus européen, ni sur une logique de santé publique partagée.
Le tabac tue, pas la nicotine
Ce débat mérite d’être recentré. Le problème de santé publique, ce n’est pas la nicotine en soi. Ce sont les produits issus de la combustion du tabac : goudrons, monoxyde de carbone, particules fines. En interdisant les sachets de nicotine, la France fait le choix de restreindre des alternatives sans fumée, sans combustion, sans tabac — bref, infiniment moins nocives que la cigarette traditionnelle.
Je suis bien placé pour le dire. J’ai fumé pendant 17 ans, échouant à arrêter malgré tous les substituts classiques. C’est la vape, puis les sachets de nicotine, qui m’ont permis de tourner la page du tabac. Comme moi, des milliers de fumeurs trouvent dans ces produits une passerelle vers une vie sans cigarette. Pourquoi leur fermer cette voie ?
La prohibition est une fausse bonne idée
Interdire ne protège pas. Interdire crée un marché parallèle. Interdire empêche d’encadrer. La France ne fera pas disparaître la nicotine : elle rendra simplement son accès plus risqué, plus opaque, et plus injuste.
Ce n’est pas de santé publique dont il s’agit ici, mais d’idéologie.
Pendant ce temps, d’autres pays — Suède, Royaume-Uni, Canada — misent sur une réduction des risques pragmatique, transparente et encadrée. Résultat : des taux de tabagisme qui chutent. La France, elle, persiste à diaboliser l’outil plutôt qu’à combattre le problème.
Il est temps de revenir à la raison
En tant qu’ancien grand fumeur et fondateur de Nicotine World, j’en appelle au Premier Ministre, aux parlementaires, aux responsables de santé publique : écoutez ce signal venu de Suède.
Ce n’est pas une simple critique étrangère. C’est l’alerte d’un pays qui a réussi là où nous échouons encore.
Reprenons le cap d’une politique cohérente, humaine et efficace : celle qui combat le tabac, pas ceux qui tentent d’en sortir.




