Pour réduire le fléau du tabagisme, il faut, de toute évidence, réduire les ventes de cigarettes. Mais comment ?
Kylie Lindorff, une Australienne experte de la lutte antitabac, dont le travail au sein de l’ONG Cancer Council vient d’être distingué par l’Organisation mondiale de la santé, propose pour cela d’en interdire la vente par des commerces de détail — et d’en confier à la place la distribution à des organismes à but non lucratif.
C’est ainsi que débute un article du Figaro.fr (pour Le Figaro Santé) que nous reprenons.
Un modèle audacieux qu’elle a détaillé devant une salle pleine lors de la conférence internationale de lutte contre le tabac qui s’est tenue à Dublin fin juin. « L’industrie du tabac est extrêmement rentable : on estime qu’elle générera 928 milliards de dollars de revenus cette année », a rappelé Kylie Lindorff devant son auditoire.
« Ces profits permettent à ses acteurs d’entraver de façon agressive les projets de lutte antitabac, de poursuivre des pays en justice et d’innover dans de nouveaux produits pour continuer à croître. » C’est donc à cette profitabilité élevée et en pleine expansion que la chercheuse propose de s’attaquer.
Dans son modèle, Kylie Lindorff propose de confier le contrôle de la chaîne de distribution des cigarettes à une autorité à but non lucratif, elle-même chargée de sélectionner des points de vente à but non lucratif (pharmacies, autorités locales… à définir selon le contexte national).
Les fabricants de tabac seraient contraints de vendre leurs marchandises aux distributeurs à un tarif imposé par l’autorité, ce qui réduirait leurs marges de profit. Pour autant, le prix de vente au public resterait élevé, pour être dissuasif et inciter les fumeurs à arrêter.
La marge ainsi dégagée pourrait servir à financer des campagnes de prévention et des services d’aide au sevrage tabagique et à la nicotine.
Kylie Lindorff explique qu’en renforçant par ailleurs un arsenal de mesures antitabac à l’efficacité prouvée (prévention, sensibilisation, interdiction de faire de la publicité et de fumer dans l’espace public…), les États verraient le nombre de fumeurs baisser progressivement jusqu’à atteindre un point où la vente des cigarettes pourrait être tout simplement interdite.
À ceux qui s’interrogent sur la légalité du projet, Kylie Lindorff affirme que « le droit légal de vendre quelque chose n’existe pas. Cela relève de la volonté politique ». Et de rappeler que l’Australie a, par exemple, interdit les centres de bronzage artificiel parce qu’ils favorisaient l’apparition de cancers de la peau.
Chris Bostic, directeur de l’ONG américaine Action on Smoking and Health, également invité à la conférence, a souligné pour sa part que Beverly Hills et Manhattan Beach, deux villes de Californie pionnières dans la lutte contre le tabac, interdisent la vente de toute cigarette dans leur municipalité depuis 2021. « Le fait que le tabac soit commercialisé est une anomalie de l’histoire : si l’on tentait de le faire entrer sur le marché aujourd’hui, il serait interdit de vente », souligne Kylie Lindorff.
Pour Emmanuelle Béguinot, directrice du Comité national de lutte contre le tabagisme en France, ce projet de contrôle des ventes de tabac se rapproche de la logique de licences décernées dans un objectif de santé publique que son organisation défend.
« L’instauration d’une licence élevée pour la vente des cigarettes en France permettrait de restreindre le nombre de points de vente — et on sait qu’il existe un lien direct entre fréquence du tabagisme et densité des lieux de vente. »




