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5 Juil 2025 | Profession
 

Pour le cardiologue et militant Olivier Milleron, les interdictions de fumer dans de nouveaux lieux publics sont une bonne chose… mais elles ne vont pas assez loin. Car selon lui, le problème du tabac, c’est davantage son industrie que les consommateurs. Nous reprenons l’entretien qu’il vient d’accorder au NouvelObs.

Depuis le 29 juin, il est interdit de fumer près des plages, des parcs, mais aussi des établissements scolaires, des bibliothèques et autres lieux destinés à l’accueil des mineurs. De nouveaux lieux qui s’ajoutent à la liste de ceux où la cigarette était déjà proscrite, pour permettre à une « génération débarrassée du tabac dès 2032 ».

Pour Olivier Milleron, ancien fumeur et cardiologue hospitalier, la lutte contre le tabagisme doit se faire non pas contre les consommateurs mais contre les grandes entreprises productrices de tabac.

Dans son livre « Pourquoi fumer, c’est de droite » (2022, éditions Textuel), il analyse le fonctionnement de cette industrie qui s’est développée en même temps que le « capitalisme toxique » (voir les 18 décembre 2024 et 5 septembre 2022).

Êtes-vous surpris de cette nouvelle mesure face à la toute-puissance de l’industrie du tabac dont vous parlez dans votre livre ?
Olivier Milleron : « L’interdiction de fumer dans de nouveaux lieux publics est un aménagement de la loi qui est le bienvenu, mais il reste à la marge.
Il faut rappeler qu’il est déjà interdit de fumer dans les transports, dans les restaurants, et que personne, même les fumeurs, ne serait d’accord pour revenir dessus.
Ce qui est embêtant, c’est que le Gouvernement lutte contre les fumeurs mais pas contre l’industrie du tabac, qui est l’industrie qui pollue le plus.
Le fait d’interdire de fumer sur les plages, dans les parcs, mais pas encore aux terrasses de café, c’est assez symptomatique de la façon dont il ne faut surtout pas heurter les intérêts les plus forts de l’industrie du tabac. Interdire de fumer sur les terrasses de café, là où il y a le plus de fumeurs, aurait été un signal fort. »

Est-il tout de même utile d’interdire de fumer dans ces nouveaux lieux ?
Olivier Milleron : « Oui, dans le sens où cela va vers la dénormalisation du tabac. Ce n’est pas normal de fumer. Le tabac n’a aucune fonction sociale.
On peut discuter de plein d’industries polluantes à qui on trouvera toujours une utilité : les transports, les pesticides… Mais le tabac n’en a aucune : ce n’est pas un produit qui apporte quoi que ce soit, ce n’est pas bon.
Il n’y a pas de spécialistes qui se réunissent pour apprécier les différences de goût entre une Marlboro ou une Lucky Strike, alors qu’il y a des spécialistes du chocolat, des œnologues pour le vin. En ce sens, interdire de fumer est important.
Mais je suis persuadé que faire de la prévention sans lutter contre les industries qui nous incitent en permanence à consommer, interdire sans un discours politique fort derrière, cela est contre-productif. »

Que serait un discours politique fort pour lutter contre l’industrie du tabac ?
Olivier Milleron : « On sait ce qui marche : augmenter les prix, livrer chaque pays en fonction du nombre de fumeurs pour éviter un afflux de tabac venu de pays voisins et lutter contre la vente de cigarettes aux enfants par les buralistes, dont on estime que deux tiers vendent encore du tabac aux mineurs.
En réalité, il y a une ambiguïté dans le débat public : le Gouvernement lance des campagnes anti-tabac, mais pendant le confinement de 2020, la question de fermer les bureaux de tabac ne s’est même pas posée, et en 2023, le président du syndicat des buralistes, Philippe Coy, a reçu la Légion d’honneur.
Les plus gros enjeux sont au niveau européen, à Bruxelles, où les lobbyistes sont de plus en plus nombreux.
Et même en France, même si on a l’impression qu’il y a moins de défenseurs de la cigarette, certains députés ont défendu le tabac chauffé, ce qui est une trace évidente de lobbying. »