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23 Juin 2012 | International, Observatoire
 

Qui manipule qui ? En tout cas, la polémique rebondit. L’un des scientifiques mis en cause dans l’enquête du Monde « Comment le lobby du tabac a subventionné des labos français » parue le 1er juin (voir Lemondedutabac du 2 juin), Jean-Pol Tassin, a réagi ce jeudi 21 juin dans les pages Débats du site Le Monde.fr (et non dans l’édition papier).

Relevant, au passage, les erreurs factuelles de titre et de dates, le neurobiologiste, qui est par ailleurs directeur de l’Inserm, reproche aux journalistes « les interprétations, les tournures de phrase tendancieuses et surtout le choix des informations, par ignorance ou omission ». Rappel des faits.

En 1986, dans le cadre de la commission Hirsch chargée d’évaluer l’impact des dix ans de la loi Veil sur le tabac, Jean-Pol Tassin a accepté la présidence de la sous-commission sur la pharmaco-dépendance. Il n’avait encore jamais travaillé sur le tabac, ni sur la nicotine.

A partir de 1987, il accepte effectivement le financement d’un fabricant de tabac pour répondre à l’augmentation d’effectifs de son laboratoire, non couverte par les crédits de l’Inserm.

Mais, comme il le précise, pendant les onze années de ce financement (1987 à 1999), sur 45 articles publiés suite à ses travaux, seuls trois étaient, partiellement, en relation avec la nicotine . « Cette absence de travaux sur la nicotine et/ou le tabac aurait dû faire douter les journalistes d’investigation de leur hypothèse de manipulation » fait remarquer Jean-Pol Tassin.

Il met le doigt sur une importante omission de l’enquête du Monde : son rapport européen publié en 2010, « Addictiveness and Attractiveness of Tobacco Additives », dans lequel il expose l’hypothèse, découverte dès 2003, que la nicotine ne devenait addictive qu’associée à d’autres produits et que seule, elle ne pouvait servir de substitut au tabac.

Et de conclure, « Les journalistes d’investigation connaissaient ce rapport. Mais il est vrai qu’en mentionnant ces éléments, il devenait difficile d’écrire que mes recherches étaient pilotées par l’industrie du tabac ».