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21 Juin 2021 | Trafic
 

Les quantités impressionnantes de tabac illégal, évoquées lors de récents démantèlements de réseaux dans un cadre interrégional (voir 25, 12 et 8 mai), amènent à penser que le marché parallèle du tabac en France (tout ce qui est consommé mais n’a pas été acheté chez un buraliste) change de nature en ce moment même.

Le tabac de contrefaçon est en train de prendre une importance inattendue. Il se substitue spectaculairement aux grosses livraisons de tabac de contrebande qui venaient des Pays de l’Est ou du Maghreb. Ou aux achats transfrontaliers.

À Marseille, les cigarettes « algériennes » ont disparu de la rue depuis le confinement et les différentes entraves aux voyages trans-Méditerranée. À Lille, 30 % des paquets trouvés dans la rue, en fin d’année dernière entre deux confinements, ne venaient pas de Belgique mais étaient de contrefaçon.

En fait, la crise sanitaire a accéléré une profonde réorganisation du marché de la contrebande.

•• Côté fournisseurs : plutôt que de faire venir des lots de cigarettes de loin (Pays de l’Est, Algérie), on les fabrique dans des petites usines clandestines proches du marché français (Belgique, Pays Bas, Espagne / voir 4 février et 3 mai 2021 ainsi que 26 décembre 2020).

En Europe, 128 usines clandestines ont été démantelées l’année dernière. Une trentaine de plus qu’en 2019 (voir 29 juin 2020). Il s’agit d’usines éphémères, ouvertes et refermées en 6 mois, avant de déménager en d’autres lieux. Comme pour les gros labos de stupéfiants.

•• Côté revendeurs au client final : ce sont désormais des opérateurs disponibles 24 heures sur 24 sur les réseaux sociaux, ce nouveau vecteur de communication du tabac de contrefaçon.

Ces revendeurs (2 000, 3 000 en France ?) – implantés dans les principales agglomérations mais aussi dans les petites villes ou simples bourgs – travaillent sur des quantités comprises entre 1 000 et 3 000 cartouches par semaine. En liaison avec des réseaux de clients, dont certains font aussi office de revente. Généralement ces revendeurs sont en contact avec plusieurs filières de tabac de contrefaçon.

•• Côté clients : des fumeurs relativement indifférents à la qualité de leur tabac (« je fume ce qui est tombé du camion, pas grave »). L’avantage, c’est de trouver des paquets à 4 euros dans sa boite aux lettres ou à tout moment dans un coin discret près de chez soi. Dès lors, pourquoi s’embêter avec un plan pour récupérer du tabac aux frontières ? 

•• Au long de la chaîne d’approvisionnement s’articule toute une organisation industrielle (petites usines clandestines) et logistique (transport en petites fourgonnettes discrètes, box de garages loués pour les stockages intermédiaires) très mobile et réactive dès que des soupçons de surveillances policière ou douanière apparaissent.

La fabrication et l’organisation générale étant généralement aux mains de réseaux composés d’Ukrainiens et d’Arméniens connus pour leur dureté dans leurs activités clandestines. La logistique reposant plus – pour reprendre par exemple le cas de la région parisienne – sur des réseaux afghans, bangladais ou maghrébins.

Quant au revendeur final, il se recrute aussi bien chez de jeunes migrants que dans la légion de nos concitoyens trafiquant « gentiment » sur les réseaux sociaux ou dans tous ces lieux réputés que l’on connaît en toutes les villes.

•• Une règle unit tout ce petit monde : celle des 10 euros. Chaque maillon de la chaîne – production, étapes logistiques, revente – touche environ 10 euros par cartouche. C’est ainsi que notre pays connaît une montée en puissance fulgurante du tabac de contrefaçon.

À suivre.