Dans les petites épiceries de nuit, le métro ou simplement dans la rue, en ville comme dans les campagnes et de plus en plus souvent en ligne, les cigarettes contrefaites gagnent du terrain.
L’Union des Fabricants pour la protection de la propriété intellectuelle (Unifab) donnait, ce 22 janvier, le coup d’envoi d’une campagne de communication destinée à sensibiliser les jeunes à ces produits, pires encore pour leur santé que les cigarettes vendues légalement chez les buralistes (voir les 22 et 23 janvier).
C’est ainsi que débute un article du Figaro du 23 janvier, signé Marie Bartnik, que nous reproduisons.
Mort aux rats, déjections de souris, produits nocifs… La fabrication de ces cigarettes vendues moins de 5 euros le paquet « n’est par définition soumise à aucun contrôle », rappelle Delphine Sarfati-Sobreira, présidente de l’Unifab.
Au total, 19 % des cigarettes saisies par la Douane en 2024 étaient des cigarettes contrefaites. C’est 8,5 fois plus qu’en 2020. Un quart des réseaux de criminalité organisée démantelés en 2024 relevaient par ailleurs de la fraude sur le tabac.
Le trafic de tabac est désormais le fait de réseaux criminels qui vendent aussi de la drogue et se sont diversifiés dans la vente de cigarettes de contrefaçon. « C’est un phénomène que nous avons vu monter et mûrir, et qui représente désormais une menace, constate Dominique Lambert, général de division de la gendarmerie et sous-directeur de la police judiciaire. Tout comme le trafic de drogue, celui de cigarettes contrefaites s’accompagne de violences, de guerres de territoires et de carottages », cette pratique qui consiste à voler la cargaison d’un autre réseau.
Usines de contrefaçon en France
La France compte ses propres usines de fabrication illégale de cigarettes, quand ces sites étaient auparavant cantonnés à l’Europe de l’Est. Au bout de deux à quatre mois, ces sites, qui emploient des travailleurs moldaves ou ukrainiens, sont fermés et transférés ailleurs pour éviter de se faire repérer. Si le paquet est in fine vendu entre 4 et 5 euros, le coût de fabrication ne dépasse pas les 80 centimes, assure Christophe Blanchet, député et auteur d’une proposition de loi visant à sanctionner plus sévèrement les trafics de tabac.
Depuis 2021, sept usines illégales ont été démantelées en France par les autorités, et cette tendance va croissant. « Les organisations criminelles rapprochent leurs lieux de fabrication des lieux de consommation, constate encore Dominique Lambert. La France est un lieu de choix car la fiscalité sur le tabac y est élevée. »
La plus grosse prise des autorités est une usine située à proximité de Rouen, à Saint-Aubin-lès-Elbœuf, et démantelée en 2023 grâce aux renseignements fournis par la police polonaise (voir 15 janvier 2023).
50 tonnes de tabac contrefait y ont été saisies et 13 personnes in fine interpellées. « La structure s’est révélée être de grande ampleur, employant des ressortissants de nombreux pays d’Europe de l’Est à différents niveaux », soulignait alors la gendarmerie.
Offre abondante sur Internet
Ces réseaux touchent ensuite aisément leur public sur internet grâce aux réseaux sociaux, qui pullulent d’offres de cigarettes à prix cassé. La place de marché de Facebook, qui n’attire pas un public d’adolescents, propose une part plus importante de cigarettes de marque, illégalement importées.
« Mais sur Snapchat, qui vise les plus jeunes, il s’agit surtout de cigarettes contrefaites, présentées comme des cigarettes de marques importées », observe Didier Douilly, directeur commercial chez Webdrone et expert en cybercriminalité. Les escrocs ont le sens du commerce. Ils proposent toutes les marques existantes, à 3,50 euros ou 4 euros le paquet, contre environ 12 euros en bureau de tabac.
Didier Douilly estime que l’offre de contrefaçon a augmenté de 160 % sur un an. « Et pourtant, l’année dernière, nous étions déjà à des niveaux très importants. C’est monté progressivement depuis cinq ans, observe-t-il. Cela a commencé par de la contrefaçon à petite échelle, à la cartouche. Puis nous avons vu les volumes augmenter. Aujourd’hui sur Snapchat, certains vendeurs ne discutent pas à moins de dix cartons de 50 cartouches. Comme pour la drogue, des grossistes vendent à des semi-grossistes qui s’adressent à des détaillants. »
Une mauvaise affaire pour les buralistes, à la fois pénalisés par la baisse de la consommation de tabac et l’essor de la contrebande. En vingt ans, le nombre de ces commerces qui détiennent légalement le monopole de la consommation de tabac en France est passé de 33 000 à 22 800. Ils tentent cependant de se réinventer, notamment en surfant sur l’essor de la cigarette électronique.




