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1 Juin 2017 | Profession
 

Ce mardi 30 mai, Pascal Montredon, Jean-Luc Renaud (secrétaire général de la Confédération) et Michel Guiffès ont animé l’assemblée générale des buralistes corses.

À cette occasion, Pascal Montredon a accordé une interview à Corse-Matin que nous reproduisons.

• Quel est l’objet de votre visite en Corse ?

Pascal Montredon : Ma visite répond à une invitation de José Oliva, le président du syndicat des buralistes corses. Je suis venu en Corse pour rencontrer les membres de la profession et échanger avec eux sur les différentes questions qui nous préoccupent.

• Le contexte électoral est-il entré en ligne de compte ?

P. M. : Tout à fait. À la veille des élections législatives, je suis venu encourager les buralistes corses à aller à la rencontre des candidats pour défendre notre profession mais aussi pour les prévenir que nous réagirons à chaque fois qu’une mesure antitabac se transformera en attaque contre les buralistes.

• Et à Agnès Buzyn, la nouvelle ministre de la Santé, qu’allez-vous lui dire ?

P. M. : Nous allons lui dire que nous avons conscience que fumer est dangereux pour la santé et que nous souhaitons être associés aux politiques de lutte contre le tabagisme. Mais nous allons lui dire aussi que nous en avons assez d’être stigmatisés et pris pour cible. Certains ministres comme Marisol Touraine, sa devancière, qui ont tendance à confondre lutte contre le tabagisme et pénalisation des buralistes.

• Justement, cinq mois après sa mise en place, quel bilan faites-vous du paquet neutre voulu par Marisol Touraine ?

P. M. : C’est un fiasco. Non seulement les gens ont continué à fumer mais, en plus, beaucoup vont maintenant se fournir à l’étranger pour trouver les marques de leur choix. Pour nos professionnels, c’est un casse-tête. La ressemblance des paquets complique beaucoup notre tâche. Sur certains points de vente, on a pu observer que le temps dévolu à la gestion des cigarettes a été multiplié par deux. Le paquet neutre est le type même de mesure exclusivement dirigée contre les buralistes.

• Venons-en à la problématique corse. Dans quel état d’esprit trouvez-vous la profession ?

P. M. : Je trouve les buralistes corses dans le même état d’esprit que leurs collègues du Continent : préoccupés par l’insécurité et l’absence de lisibilité de l’avenir. En dix ans, me dit-on, vingt débits ont fermé sur l’île. La profession est néanmoins bien défendue. Les équipes du syndicat local sont très impliquées.

• Êtes-vous favorable au maintien du différentiel sur le prix du tabac existant entre Corse et Continent ?

P. M. : Tout à fait. Ce différentiel existe depuis la nuit des temps (sic) et il est lié à l’histoire de la Corse. De plus, cette différence de prix ne porte pas préjudice, au regard des quantités concernées, aux buralistes continentaux. Mettre un terme à l’exception corse ne servirait qu’à envoyer les débitants corses au casse-pipe.

• Et l’argument sanitaire avancé par les adversaires du différentiel ?

P. M. : Il n’a aucun poids car le rapport prix du tabac/consommation ne veut rien dire. La France a le tabac le plus cher d’Europe continentale, et c’est pourtant là qu’on trouve le taux de prévalence tabagique (nombre de fumeurs par rapport à la population, ndlr) le plus élevé.

• La réglementation européenne prévoit la fin de ce privilège en 2021 … Votre avis ?

P. M. : Je trouve cela anormal. Si l’Europe veut imposer une harmonisation du prix des cigarettes qu’elle le fasse. Mais qu’elle ne se limite pas à la France, qu’elle impose d’abord un prix unique pour l’ensemble des pays de l’Union. Alors on pourra réfléchir au prix des cigarettes en Corse. Si cela doit arriver néanmoins, j’espère que le gouvernement aura l’honnêteté de proposer aux buralistes corses des solutions pour les aider à affronter le choc que constituera la fin du différentiel.

• Comment voyez-vous l’avenir de votre profession ?

P. M. : Le tabac est un produit légal. S’il doit être vendu, mieux vaut qu’il le soit dans un réseau identifié et encadré.

Ce serait un paradoxe de lutter contre le tabagisme et d’autoriser la vente du tabac n’importe où. Au-delà de cet aspect, l’important est de savoir que l’activité de buraliste va au-delà de la vente de cigarettes. Nous intervenons dans la presse, le jeu, le débit de gaz, la distribution des colis et 60 % des tabacs sont aussi des bars. Nous assurons la présence d’une multiplicité de métiers et de services de proximité dans des zones où elles n’existeraient pas. À ce titre, nous avons un rôle essentiel à jouer à l’avenir.

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