La proposition visant à éradiquer le tabagisme chez les jeunes (voir les 2 juillet, 6 juillet / enjeux, 11 juillet / ministres) soulève un dilemme : comment conjuguer interdiction et accompagnement pour vaincre une addiction enracinée dans la psychologie et la précarité.
C’est ainsi que débute une tribune de Jérôme Palazzolo (psychiatre, psychothérapeute et professeur de psychologie clinique et médicale), parue dans L’Opinion le 17 juillet.
Nous la reprenons.
L’ambition de la proposition de loi « Pour une génération sans tabac » a de quoi séduire. L’idée paraît simple : empêcher progressivement l’accès au tabac pour les plus jeunes afin de faire disparaître le tabagisme. Sur le plan symbolique, le message est fort. Sur le plan comportemental, les choses sont plus nuancées.
La fin d’une addiction ne se décrète pas, elle s’accompagne
Le tabagisme ne relève pas d’un simple choix. Derrière chaque cigarette se trouvent des mécanismes psychologiques complexes. Pour des millions de fumeurs, elle n’est pas seulement un apport nicotinique ; elle est associée à des habitudes et parfois à la gestion du stress ou de l’anxiété.
La plupart des fumeurs connaissent les risques associés. Pourtant, cette connaissance ne conduit pas automatiquement à l’arrêt.
Les travaux en psychologie montrent que les changements de comportement les plus durables reposent davantage sur l’adhésion que sur la seule contrainte. C’est pourquoi les approches fondées uniquement sur l’interdiction trouvent souvent leurs limites lorsqu’elles ne s’accompagnent pas de prévention et d’accompagnement.
L’ambition de la proposition de loi « Pour une génération sans tabac » (voir 4 novembre 2025) a de quoi séduire. L’idée paraît simple : empêcher progressivement l’accès au tabac pour les plus jeunes afin de faire disparaître le tabagisme. Sur le plan symbolique, le message est fort. Sur le plan comportemental, les choses sont plus nuancées.
L’être humain accepte difficilement que sa liberté de choix soit restreinte. Chez certains individus – notamment les adolescents et les jeunes adultes –, l’interdit peut renforcer l’attrait de la transgression. C’est un phénomène largement décrit en psychologie comportementale. Cela ne signifie pas qu’il faille renoncer à toute réglementation, mais qu’elle ne constitue pas, à elle seule, un levier suffisant pour modifier durablement les comportements. En matière de prévention, informer, expliquer, développer l’esprit critique et accompagner les personnes dans leurs choix produisent généralement des résultats plus solides et plus durables que la seule privation d’accès à un produit.
Une mesure tournée vers les générations futures, pas vers les fumeurs d’aujourd’hui
La proposition de loi s’adresse essentiellement aux futurs consommateurs. Elle soulève cependant une question essentielle : que faire des près de 12 millions de fumeurs actuels en France ?
Certains souhaitent arrêter sans y parvenir, quand d’autres ne se sentent pas prêts à engager un sevrage complet. Cette diversité est une réalité clinique. L’ignorer reviendrait à méconnaître la nature même de la dépendance.
N’oublions pas également que bon nombre de fumeurs appartiennent aux populations les plus vulnérables, confrontées à la précarité, au stress ou à l’isolement. Pour ces personnes, la réponse ne peut se limiter à l’interdiction. Elles ont besoin d’accompagnement et de soutien.
Sortir d’une logique du tout ou rien
Prévenir l’entrée dans le tabagisme est une nécessité. Aider les fumeurs à sortir de la cigarette en est une autre. Opposer ces deux objectifs serait une erreur.
Pour certains fumeurs, les substituts nicotiniques ou certaines alternatives sans combustion peuvent s’inscrire dans une stratégie de réduction des risques et constituer une première étape vers la diminution ou l’arrêt. Il ne s’agit pas de banaliser la dépendance, mais de reconnaître que le changement est souvent progressif.
Les politiques de santé publique obtiennent leurs meilleurs résultats lorsqu’elles prennent en compte la réalité psychologique des individus. Prévenir ne consiste pas seulement à interdire ; c’est aussi donner les moyens de comprendre, de choisir et de changer par une information de qualité, une prévention précoce et un accompagnement adapté des personnes dépendantes.
Si l’objectif est bien de faire émerger une génération qui ne fume plus, alors il faudra convaincre davantage que contraindre.




