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29 Avr 2025 | Trafic
 

Alimenté en France par des réseaux de contrebande, et parfois de contrefaçon, le trafic de cigarettes connaît un développement exponentiel depuis plus de cinq ans. Lenquête du Dauphiné Libéré – publiée sur une dizaine de volets (voir 28 avril / 1 et 2) – aborde aussi le marché de la contrefaçon.

17 heures 30. Stationnés dans une ruelle des quartiers sud dAvignon, nous attendons Malik. Un Avignonnais de 22 ans qui sera lune de nos portes dentrée pour notre enquête.

•• Il arrive. Pile à l’heure, clope au bec, au volant d’une vieille Renault. Un sac contenant des dizaines de paquets de cigarettes, à peine dissimulé sur le tapis du siège passager. « 40 euros la cartouche de Marlboro » lance-t-il. Soit environ trois fois moins cher que celle vendue dans les tabacs (130 euros).

Et même deux fois moins que celle issue de la contrebande (entre 65 et 80 euros). Comment est-ce possible ? « Cest des fausses bien sûr », rétorque l’interlocuteur. « Quest-ce quil y a dedans Malik ? » Pour ce dernier, « cest dur à dire, je ne les ai jamais faites analyser » sourit-il. « La seule chose que je sais, cest que cest du tabac et que ces clopes sont faites en Pologne (…) Les grossistes les font venir grâce aux routiers », qui sont des centaines de milliers à traverser l’Europe quotidiennement.

•• Pologne, Roumanie, Bosnie, Albanie, Lituanie … Les vendeurs interrogés lors de l’enquête ont bien du mal à se mettre daccord sur une provenance précise. En revanche, ils s’accordent tous sur un point : « Ça vient des pays de lEst. Dailleurs, cest généralement eux qui gèrent le business. Et je peux vous dire que cest bien rodé », confie Abdel, un Vauclusien de 34 ans qui se définit comme un grossiste.

En bas de l’échelle de ce trafic, Malik « na pas limpression de faire du mal. En plus, je vends que 10 ou 20 cartouches par mois », assure-t-il. Notamment grâce aux réseaux sociaux. « Sur Snapchat ou sur la Marketplace de Facebook, on poste des fausses annonces de t-shirt, de veste ou de jean Marlboro ».

Ce qui explique que ces publications aient explosé entre 2023 et 2024. Enregistrant une augmentation de 116 %, selon une étude de la société Webdrone, une start-up spécialisée dans la détection des produits contrefaits sur le Net.

•• Le darknet, non plus, ne fait pas exception. Les journalistes ont rencontré Adrien, un dealer savoyard qui se dit âgé de 28 ans, et assure se faire « livrer par La Poste (ou par des sociétés de livraison de colis), ses commandes passées sur le Web caché. »

Lors de la rencontre, il était en mesure de fournir plus de 300 paquets dans l’instant. « Je passe toujours par le même fournisseur, je ne lui prends jamais de grosses quantités en une seule fois, donc deux ou trois cartons max de 50 cartouches. Et je les reçois dans différents points relais sous de faux noms », lâche, sans pression, le jeune crack informatique.

Qui, sur les réseaux cryptés Telegram et Signal, propose également toutes sortes de drogues. Un mélange des genres de plus en plus répandu.

•• Car voyant ce business grandir à vue d’œil, les « gros poissons » et les narcotrafiquants nont pas tardé à sy intéresser. C’est en tout cas le sentiment « des petits comme moi », s’exaspère Sofiane, un père de famille qui officie dans le Vaucluse. « Avant, je me faisais un billet, mais maintenant, cest mort. Il y a des quartiers qui se mettent à en vendre. Ils alpaguent ceux qui viennent chercher du shit en leur offrant un paquet moins cher et cest parti. » Une information vérifiée dans la région grenobloise.

Malik rétorque : « Il y a deux ou trois ans, c’était un secteur spécialisé. Les mecs qui faisaient les clopes, ils ne faisaient pas du stup. Cest fini maintenant. Au pire, certains sassocient, en faisant des partenariats. »

Et d’ajouter : « Mais le plus chaud pour nous, cest que les grossistes se mettent au détail. Et nous font une véritable guerre des prix. » Une concurrence exacerbée qui amène forcément son lot de violences. « Jai commencé le trafic de cigarettes pour arrondir les fins de mois. La drogue c’était trop dangereux pour ça » souffle Sofiane. « Mais quand je vois ce qui se passe aujourdhui, comme à Grenoble, ça fait peur. »

Et les tensions ne devraient pas s’apaiser à l’avenir. Le prix des paquets continuant d’augmenter régulièrement partout en Europe, les cigarettes de contrefaçon constituent un marché important pour les trafiquants. Pas tous prêts à partager le gâteau … À suivre … Photo : DL/Christophe Agostinis