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21 Oct 2026 | Trafic
 

Les buralistes corses se sont réunis en assemblée générale ce 18 octobre. Depuis l’alignement des prix en début d’année sur le prix du tabac dans l’île (voir les 8 et 13 janvier), une question subsiste : ce changement a-t-il eu une incidence sur le marché parallèle et la contrebande de tabac en Corse ? Nous reprenons un sujet de RCFM

Depuis le 1er janvier 2026, le prix du tabac en Corse est le même que celui du continent. L’île bénéficiait depuis plus de deux siècles, grâce à un décret napoléonien de 1811, d’un avantage fiscal. Un tabac moins cher, avec un écart qui atteignait historiquement 25 % par rapport au continent. Le rattrapage avait été engagé en 2022, par paliers de 5 %, jusqu’à l’égalisation complète en 2026.
Mais pour les buralistes, c’est la double peine. Une baisse des ventes jusqu’à 15 %, mais aussi le développement du marché parallèle et de la contrebande.
Pour en parler, Hervé Natali, responsable des actions contre le trafic de tabac chez Imperial Brands Seita, est notre invité de la rédaction.

RCFM : Neuf mois après cette harmonisation fiscale, que constatez-vous concrètement sur le marché parallèle en France de manière générale et en Corse particulièrement ?

Hervé Natali : Ce qu’on constate sur le marché du trafic du tabac, si j’ose dire, c’est qu’il se porte bien, malheureusement…
Le chiffre qui fait froid dans le dos, c’est qu’on approche et on dépasse même les 5 milliards d’euros de recettes fiscales non perçues par l’État.
Du côté de la Corse, on est extrêmement attentifs à l’évolution du comportement des consommateurs, pourquoi ? Parce que depuis cet alignement des prix le 1er janvier, on voit apparaître de plus en plus de paquets colorés, alors que la France est assujettie au paquet neutre. Et j’espère me tromper, mais ça serait bien le diable si on ne retrouve pas le même phénomène en Corse bientôt que ce qui se passe en France.

Ça veut dire que la contrebande a progressé ?

Ça veut dire que les consommateurs se tournent vers un marché parallèle où on trouve des produits qui peuvent venir de pays étrangers, des produits authentiques. Ou alors on peut trouver, et c’est le cas, de plus en plus de produits de contrefaçon qui ont des prix encore plus attrayants, mais qui ne sont soumis à aucune législation, et ça, c’est extrêmement dangereux pour l’ensemble du réseau.

La différence peut être rappelée entre contrebande et contrefaçon ?

Alors, la contrebande, c’est quand vous achetez des produits authentiques, par exemple, que vous allez revendre pour faire votre petit trafic de fourmis, c’est un marché parallèle. La contrefaçon, c’est de la copie de marques authentiques sans aucun contrôle, comme je vous le disais, que ce soit sanitaire ou que ce soit au niveau des normes, et qui propose inévitablement des prix beaucoup plus attractifs.
Juste un chiffre, l’an dernier, la Douane française a démantelé 199 organisations criminelles sur l’ensemble du territoire français, le premier réseau criminel concerné… c’était le trafic de contrefaçon de tabac.

D’où viennent ces cigarettes illicites principalement, notamment en Corse ? Est-ce qu’elles viennent de la proximité avec la Sardaigne, avec des pays limitrophes ?

Vous pouvez avoir effectivement une proximité avec l’Italie, qui a une fiscalité plus avantageuse en termes de prix, puisqu’un paquet de cigarettes tourne aux alentours de 6 euros en moyenne.
Mais vous pouvez trouver également des produits authentiques, donc des cigarettes authentiques, qui peuvent venir de plus loin.
Je pense notamment au Maghreb, où là, le paquet de cigarettes est encore moins cher, et inévitablement, ces produits-là vont se retrouver à disposition des consommateurs corses plutôt que chez le buraliste, qui pourtant est un préposé de l’État et est censé avoir la garantie du monopole de distribution (…)

Les buralistes corses parlent d’une baisse très forte de leurs ventes de tabac, ce phénomène menace-t-il directement la viabilité de leur profession ?

Le réseau des buralistes se diversifie, il n’a pas attendu ; il propose des tas de services, des tas de prestations. 43 % des buralistes se trouvent dans des communes de moins de 3 500 habitants, donc il est vital de les garder parce qu’ils ne vendent pas que du tabac, bien évidemment, et ils ont un rôle social extrêmement important qu’il va falloir garder le plus longtemps possible.

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