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8 Jan 2026 | Profession
 

Avec la dernière augmentation du prix du tabac, au 1er janvier, le différentiel entre Corse et continent n’existe plus.
Une réalité qui a conduit les buralistes à anticiper une diversification de leur activité. Christian Croquelois, président des buralistes de Corse (voir le 31 octobre 2025), est l’invité de la rédaction de ICI RCFM (le 7 janvier).


RCFM – Avec la dernière hausse du prix du tabac au 1er janvier, il n’y a plus de différence avec le continent. Déjà, vous, depuis quelque temps que ce rattrapage est effectué, est-ce que vous avez constaté une baisse de consommation du tabac ?

Christian Croquelois – Tout à fait, notamment sur l’année dernière, sur l’année 2025 où on a ressenti la plus grosse perte et la plus grosse baisse du volume. Sur cette année-là, la vente de tabac en Corse, ça a diminué de quasiment 18 %, ce qui est assez colossal. Jusqu’à maintenant, nous étions épargnés par ce phénomène. Avec le rapprochement des prix et l’augmentation continue du tabac, on y est confronté de plein fouet aujourd’hui.


RCFM – Vous aviez pu anticiper, quand même, et préparer la transformation de votre activité ?

Christian Croquelois – Il faut savoir que le dispositif de convergence des prix, qui a été engagé en 2022 et qui s’est achevé au 1er janvier 2026, nous a conduit à anticiper la chose, notamment depuis 2020.

Avec les fonds de transformation, je pense que les buralistes insulaires ont démontré leur capacité d’adaptation. Ce sont des entrepreneurs dynamiques et parfois même visionnaires. On a pu se réinventer avec ce plan de transformation. Cette stratégie, si vous voulez, a conduit la Corse à s’imposer comme une région leader au niveau national en matière de diversification et de transformation.


RCFM – Dans quel type d’activités les buralistes se sont globalement diversifiés ?

Christian Croquelois – C’est surtout le service à la personne. Aujourd’hui, on n’est pas que buraliste pour vendre uniquement du tabac. Bon, il y avait les activités comme la presse et le loto, qui sont des partenaires historiques de notre réseau. Mais aujourd’hui, le buraliste, ce n’est plus que du tabac, c’est aussi les impôts, et la cigarette électronique. C’est d’ailleurs un marché indispensable aujourd’hui à la survie de nos commerces. C’est une consommation qui s’étend de plus en plus. Les gens qui veulent arrêter de fumer aujourd’hui passent quasiment tous par ce système et ça leur permet un sevrage un peu plus en douceur.


RCFM – Un prix du tabac aligné sur celui du continent, ça peut être aussi tentant de recourir à la contrebande. Est-ce que vous craignez des trafics ?

Christian Croquelois – Ils existent déjà. Le phénomène qu’ont connu nos confrères sur le continent depuis plusieurs années est en train de s’intensifier en Corse. Cette hausse du prix régulière du paquet de tabac s’inscrit dans une politique de santé publique qui a pour effet collatéral de favoriser le développement du marché parallèle. Ce phénomène persiste malgré le travail rigoureux et l’engagement constant de notre administration de tutelle, les douanes. Malgré les contrôles qui s’intensifient, on constate de plus en plus de personnes mal intentionnées qui essaient de profiter de la situation.


RCFM – L’Italie est toute proche et il est aussi possible d’acheter légalement du tabac et de revenir avec, comme le font beaucoup les frontaliers dans d’autres régions…

Christian Croquelois – Il y a le marché parallèle et le marché légal. Ça ne veut pas dire que si vous achetez des cigarettes en Italie, vous êtes dans l’illégalité. Il y a des lois qui vous l’autorisent dans une certaine quantité. Après, il y a toujours des gens qui essaient de profiter de la situation pour essayer de gagner de l’argent. Et avec le trafic illégal, il y a un risque accru de vente aux mineurs et aussi, à terme, ça peut porter une atteinte à la tranquillité, à la qualité de vie, parce que ça va favoriser l’émergence de pratiques similaires à celles déjà observées sur le continent, la vente à la sauvette, dans les portails, toutes ces choses-là.


RCFM – Aujourd’hui, il y a quelques 200 buralistes en Corse. Est-ce que certains sont en danger de disparition ? On en parlait déjà l’an passé. Le risque est-il écarté ou encore bien présent ?

Christian Croquelois – Il est toujours bien présent et plus que jamais. D’ailleurs, on est en train de travailler avec la Confédération nationale sur un dispositif qui est encore à ses débuts pour aider justement les buralistes qui sont le plus en difficulté. Pour avoir une porte de sortie, je dirais, quelque chose d’assez facile et pour ne pas trop perdre dans leur activité. On n’est encore qu’aux prémices de ce dispositif. Il faut savoir qu’en Corse, la difficulté aussi, c’est qu’on est 204 buralistes, ce qui fait à peu près un débit pour 1 700 habitants, quand la norme nationale est un débit pour 3 500 habitants. Donc ce maillage dense qui reposait sur un modèle économique rendu viable par le différentiel de prix entre la Corse et le continent, avec cette convergence tarifaire désormais achevée, ce modèle a atteint ses limites.


RCFM – Est-ce que dans toutes ces transformations et ces enjeux qui traversent un peu votre profession, vous vous sentez aujourd’hui accompagnés, notamment par l’État ?

Christian Croquelois – Pas vraiment par l’État. Mais on a des réunions prévues très prochainement, notamment avec nos élus locaux, pour essayer justement de déterminer quelque chose. On va essayer de proposer un dispositif. Un accompagnement, ça c’est sûr, mais aussi la reconnaissance des gens qui se lèvent tous les matins, qui font 10 à 14 heures par jour parfois, qui n’ont jamais rien demandé, qui ont toujours vécu de leur travail. Et qui ont apporté énormément à la collectivité. On parle quand même de quasiment 950 millions d’euros depuis 2018 (fiscalité, ndlr), donc ce n’est pas rien. Il faut essayer de voir comment on peut nous accompagner dans ces difficultés nouvelles, parce qu’en fait, c’est un échange gagnant-gagnant. Si les buralistes insulaires continuent à travailler, la CdC, mécaniquement, continuera de percevoir cette manne financière. Si demain nous sommes plus en difficulté encore et que les établissements commencent à fermer et qu’il y a moins de rentrées fiscales, je pense que ça va poser des soucis à un autre niveau.