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23 Jan 2026 | Trafic
 

douane trafic

L’Union des Fabricants a lancé, ce 22 janvier, une campagne de sensibilisation pour alerter les jeunes fumeurs sur la contrefaçon (voir le 22 janvier). Sur les réseaux sociaux, l’offre a bondi de 160 % en 2025.
Nous reprenons l’article qu’y consacre Dominique Chapuis des Échos.

Le phénomène a explosé depuis le Covid. La vente de tabac illégale est aujourd’hui en France équivalente aux achats chez les buralistes. Un marché illicite estimé à 50 milliards d’euros, selon des chiffres présentés ce 22 janvier.

La France est « inondée. Non seulement les grandes métropoles, mais aussi les territoires ruraux », souligne Christophe Blanchet, député et auteur d’une proposition de loi en novembre pour durcir la lutte contre ce trafic. « La contrefaçon supplante désormais la contrebande, car elle est plus rentable. »

La France est le pays le plus touché en Europe. En 2023, près de 300 millions de ces cigarettes contrefaites ont été vendues. C’est le désolant constat dressé par l’Union des Fabricants (Unifab), qui a décidé de lancer une campagne de sensibilisation des consommateurs sur les réseaux sociaux. Sa cible, les plus jeunes, qui, au vu du prix du paquet, entre 11 et 13 euros, cherchent d’autres moyens de se les procurer.

Les réseaux sociaux en cause

En plus des vendeurs à la sauvette, ou des épiceries de nuit, Internet devient l’un des lieux privilégiés de ces achats pour la jeune génération. C’est ce qu’a constaté Didier Douilly, spécialiste cyber qui monitore ces trafics depuis dix ans. « Sur les réseaux sociaux, on n’a jamais vu ça. En 2025, on estime que l’offre de contrefaçon a augmenté de 160 %. C’est un raz-de-marée. »

En un clic, selon le spécialiste, avec une offre large, toutes marques confondues, chacun peut être livré à son domicile. « C’est un peu “Uber clopes”, reprend Didier Douilly. Les plus jeunes pensent acheter des vraies cigarettes, ce n’est pas le cas. »
Les prix défient toute concurrence : la cartouche est proposée entre 35 à 49 euros, soit entre 3,5 et 4 euros le paquet. Il faut compter 130 euros chez le buraliste. Et pas question sur le Web de se limiter à un seul paquet. Les quantités sont énormes. « Certains vendeurs proposent des lots de 10 cartons, ce qui fait 50 cartouches, cela donne une idée des volumes disponibles », poursuit le cyber-spécialiste.

Réseaux criminels

Ces cigarettes, dont la composition échappe bien sûr à tout contrôle, présentent de lourds risques pour la santé. Des traces de mort-aux-rats et de l’urine ont été retrouvées dans certains lots. « Il faut se départir de l’image du vendeur à la sauvette sympa, ou de l’économie de subsistance, alerte le général Dominique Lambert, de la gendarmerie nationale.
« On a affaire à du crime organisé avec des réseaux venant notamment des pays de l’Est. De plus en plus, ils sont liés au trafic de stupéfiants. » Un commerce lucratif, avec en plus des peines encourues bien moins lourdes.

Entre 2024 et 2026, six usines ont été démantelées en France, en première ligne à cause de sa fiscalité sur le tabac. Une saisie record de 55 tonnes de tabac contrefait a eu lieu à Rouen en 2023 (voir 15 janvier 2023).
« Il faut environ un million d’euros pour monter un site de fabrication, qui produit pendant deux à quatre mois, puis se déplace car il est vite rentabilisé », poursuit le général.

Gendarmes et douaniers sont mobilisés pour lutter contre ce fléau en plein essor. Car il donne lieu, comme pour la drogue, à « de plus en plus de violence et à une guerre de territoires ».

Perte fiscale

Le réseau des buralistes, seul habilité à vendre des cigarettes, en subit de plein fouet les effets. Il a perdu plus de 10 000 points de vente en vingt ans. « La contrefaçon est l’arme ultime pour nous rayer de la carte », redoute Philippe Alauze, le président des buralistes d’Île-de-France. Cette concurrence illégale s’ajoute à la politique anti-tabac menée par les autorités, qui a conduit à de nombreuses fermetures.

Les caisses de l’État sont une victime collatérale de ce faux tabac. La perte de recettes fiscales liée à cette économie criminelle s’est élevée, selon les Douanes, à 4,3 milliards en 2023.
Pour le député Christophe Blanchet, la hausse progressive des prix des cigarettes n’est plus efficace. « On arrive à un point où, au lieu de faire baisser la consommation de tabac, il y a un transfert sur ces produits illicites. »

Après la hausse de 50 centimes en janvier du paquet, 250 vendeurs supplémentaires ont été repérés sur les réseaux sociaux. Dans sa proposition de loi, l’édile suggère notamment de lourdes amendes aux fumeurs qui achètent dans la rue, ou encore la fermeture administrative immédiate des épiceries accusées de ventes illicites.