
L’opérateur de jeux hippiques est confronté à une baisse des paris dans un environnement concurrentiel difficile. Alors que l’État réfléchissait à des mesures de relance du PMU, la fin probable du gouvernement Bayrou jette le doute sur la poursuite de ces réflexions.
C’est ainsi que débute un article de lemonde.fr (le 1er septembre), signé Laurence Girard, que nous reprenons.
Vendredi 5 et samedi 6 septembre, le monde des courses donne rendez-vous au grand public au cœur de Paris. Place de la Concorde plus précisément, où les chevaux se feront admirer lors de leur passage sur le traditionnel rond de présentation, recréé pour l’occasion sur cet hippodrome éphémère. L’enjeu de cette animation gratuite mise en musique par France Galop, une société organisatrice des courses de plat et d’obstacles au galop en France : élargir la clientèle des courses et le cercle des parieurs.
Un impératif alors que les paris hippiques déclinent doucement. Conscient du risque, à la fois pour les caisses de l’État et pour la filière hippique, qui profitent tous deux de la manne des tiercés, quintés et autres combinaisons sur le résultat des courses, le gouvernement avait d’ailleurs décidé de reprendre en main les rênes du Pari mutuel urbain (PMU) pour l’inciter à changer d’allure.
Dans un communiqué publié conjointement par les deux ministères de tutelle du PMU, Bercy et le ministère de l’Agriculture, à la mi-août, le gouvernement disait « s’engager à accompagner les acteurs des courses hippiques dans un plan de transformation ambitieux et désigne un préfigurateur pour la mise en place d’un “Pacte PMU 2030” afin de soutenir la croissance de l’entreprise dans les prochaines années ».
Éric Woerth, député (Ensemble pour la République) de l’Oise, a été nommé pour préparer ce texte (voir le 14 août).
Un choix qui ne doit rien au hasard, puisque l’ancien maire de Chantilly, un haut lieu des courses, était également ministre du Budget lorsque la loi sur la libéralisation des jeux d’argent en ligne a été promulguée en 2010.
Sauf que, depuis le 25 août, et la déclaration de François Bayrou d’engager la responsabilité du gouvernement le 8 septembre, l’incertitude plane et l’inquiétude monte dans la filière hippique. En cas de chute de l’actuel hôte de Matignon et de changement de l’équipe ministérielle, la mission du préfigurateur devra être confirmée. Or, le temps presse.
« Je suis nommé pour six mois, mais je dois agir dans un calendrier resserré et donner les grandes lignes du “Pacte PMU 2030”, d’ici à fin septembre-début octobre », expliquait M. Woerth avant les déclarations du Premier ministre.
Selon lui, « nous avons encore une grande industrie des courses en France. Il faut réagir, anticiper pour stopper l’hémorragie des paris hippiques. Il est encore temps de le faire ».
Il souhaite s’appuyer sur les recommandations d’un rapport demandé par Amélie de Montchalin, ministre chargée des Comptes publics, à l’Inspection générale des Finances.
Un électrochoc
Remis en juin, ce rapport, qui n’a pas été publié, a été commandé alors que le PMU traverse une grave crise de gouvernance.
En fait, l’opérateur historique de paris hippiques est un groupement d’intérêt économique (GIE) détenu par deux sociétés mères, France Galop et la Société d’encouragement à l’élevage du trotteur français (SETF), autrement dénommée le Trot.
Or, la SETF n’a pas approuvé les comptes 2024 du PMU, ni signé le budget 2025. L’opérateur de paris reverse, en effet, l’intégralité des bénéfices, à parité, aux deux sociétés de course. Or, en 2024, alors qu’ils étaient prévus à 850 millions d’euros, ces profits n’ont été que de 837 millions d’euros.
Pour 2025, la direction du PMU s’était engagée, fin 2024, à les rehausser à 835 millions d’euros, des chiffres jugés à l’époque non crédibles par le Trot et qui ont depuis été révisés à 807 millions d’euros. Une baisse de régime liée au repli des paris hippiques estimé à 4,5 % depuis le début de l’année (voir aussi le 2 juillet).
Ce recul des recettes du PMU constitue un électrochoc pour les deux sociétés mères, en difficulté financière.
Il entraîne mécaniquement une baisse des sommes versées par l’opérateur de paris et les oblige à se restructurer et à se diversifier pour trouver des revenus hors paris, comme les activités autour des hippodromes.
D’ailleurs, en mai, France Galop a réagi en mettant en place un plan de réduction des pertes avec un retour à l’équilibre fixé à 2029. Il a été obligé de baisser, dès cette année, les différentes primes et contributions (ou « encouragements » dans le milieu hippique) versées aux propriétaires et aux entraîneurs de pur-sang.
L’enjeu de cette restructuration vise à préserver la filière hippique française, dont l’équilibre est fragile. Ou plutôt les deux filières hippiques, tant le trot et le galop sont deux mondes complètement distincts. Chevaux, propriétaires, éleveurs, entraîneurs et même vétérinaires… elles n’ont rien en commun. C’est toute la difficulté de l’exercice pour définir des terrains d’entente.
Délicate mission
L’État souhaite, en parallèle, réformer la gouvernance du PMU et faire évoluer son statut vers « un GIE commercial », sans plus de précision sur ce que signifie ce vocable, même s’il donne une idée de la volonté de donner les moyens à l’opérateur de paris hippiques d’augmenter ses recettes dans un secteur très concurrentiel.
Le changement de statut est un sujet récurrent qui avait déjà été évoqué lors de la libéralisation des jeux en ligne. Le PMU, soucieux de contrer la déferlante des paris sportifs, en particulier liés au football, avait alors souhaité se diversifier dans les paris sportifs et le poker. Mais il considérait ne pas avoir les moyens de faire des acquisitions.
Aujourd’hui, cette diversification ne représente que quelques pourcentages du chiffre d’affaires du PMU. À l’inverse, son grand concurrent historique, la Française des jeux, privatisée en 2019 et aujourd’hui rebaptisée FDJ United, s’est développée avec l’acquisition du suédois Kindred, gestionnaire du site de paris en ligne Unibet, de la loterie irlandaise PLI, mais aussi de ZEturf, challengeur du PMU sur les paris hippiques.
Mais, pour redynamiser le PMU, encore faut-il trouver les dirigeants prêts à relever le défi.
La directrice générale de l’opérateur de paris hippiques, Emmanuelle Malecaze-Doublet, nommée en 2022, a annoncé, en mai, qu’elle quittait l’entreprise en crise courant juillet. Le président Richard Viel est également partant.
Christophe Curt assure la direction générale par intérim en attendant les nominations.
La future équipe aura la délicate mission de remettre l’opérateur sur le chemin de la croissance et de garantir la pérennité de la filière hippique française. À condition que les aléas gouvernementaux ne rajoutent au parcours d’obstacles du PMU.
(voir ci-dessous)




