
À quel point la contrebande de tabac est-elle un fléau pour les buralistes de Drôme Ardèche ? On le voit avec l’invitée de ICI Drôme Ardèche, Isabelle Roux, présidente de la fédération des buralistes de l’Ardèche et buraliste, elle-même à Ruoms.
Nous reprenons cette interview.
// ICI Drôme Ardèche – On parle de la lutte contre la contrebande parce qu’une table ronde était organisée hier à l’Assemblée nationale sur les enjeux sanitaires et fiscaux du tabac, avec notamment cette résolution européenne visant à lutter contre le commerce illicite de tabac. Elle prévoit par exemple un quota de production de tabac par pays, ce qui éviterait aux cigarettiers d’alimenter le marché parallèle. Est-ce que c’est une bonne idée selon vous ?
/ Isabelle Roux – Oui, bien sûr. Je pense qu’il faut quand même savoir qu’aujourd’hui, le marché parallèle atteint à peu près 5 milliards d’euros de pertes fiscales pour l’État !
// Est-ce que la concurrence du commerce illicite de cigarettes, c’est quelque chose que vous percevez, vous, en tant que buraliste ? Même en Ardèche, même à Ruoms ?
/ Oui, tout à fait, de plus en plus on le perçoit, il faut quand même savoir que sur l’année 2025, la baisse des ventes de cigarettes s’est chiffrée à 7 % en moyenne, donc oui, même par chez nous, on commence à le ressentir, on est touché par ce genre de choses.
// La semaine dernière, vous avez participé à une action à Paris avec la Confédération des buralistes, avec notamment aussi votre homologue drômoise. Vous avez placé une benne devant le Sénat, pleine de paquets de cigarettes, pourquoi ?
/ En fait, c’était simplement pour faire remonter à notre gouvernement que nous, on avait trouvé le moyen de faire entrer de l’argent dans les caisses. Une perte fiscale de 5 milliards d’euros, qui part comme ça… On voulait montrer que s’ils cherchent de l’argent, nous, on leur a trouvé 5 milliards qui sont actuellement perdus.
// Le prix du paquet de cigarettes ne cesse d’augmenter aujourd’hui en France. Selon les marques, c’est 12,50 euros, 13 euros, forcément ça incite les fumeurs à s’approvisionner autrement, moins cher ailleurs, à l’étranger notamment. Est-ce qu’il faut harmoniser la fiscalité sur le tabac au niveau européen ?
/ Eh bien, bien sûr, c’est quelque chose qu’on demande depuis toujours. En fait, il faut savoir quand même qu’à chaque fois que le tabac augmente en France, ça ne réduit pas du tout la consommation, mais ça renforce le marché parallèle et les gens qui vont voir nos voisins. Donc c’est vrai que nous, depuis très longtemps, on demande une harmonisation du prix du tabac.
// Et est-ce que cette hausse du prix des cigarettes accroît aussi le risque de braquages ? Vous êtes buraliste à Ruoms, on l’a dit, est-ce que les cambriolages, les braquages sont en augmentation, y compris dans nos départements Drôme et Ardèche ?
/ Ben oui, on a justement eu le cas cette semaine à La Voulte, un bureau de tabac qui s’est fait braquer à la nuit tombée, en plus à cette période de fêtes, on sait très bien que nos commerces peuvent être visés. Donc oui, effectivement, plus le prix du tabac est élevé et plus nous, on est dans l’insécurité.
// Est-ce que vendre du tabac, c’est un métier d’avenir ? Parce qu’outre le problème de la contrebande, il y a la consommation en baisse, chez les jeunes notamment. Il y a aussi la concurrence de la cigarette électronique, des puffs… comment voyez-vous votre avenir ?
/ Nous, on souhaite que notre avenir continue, bien sûr, évidemment. On souhaite que ce soit un métier d’avenir, on a été reconnus d’utilité publique, c’est vrai que nos commerces sont parfois le seul commerce dans des petits villages. Vous trouverez toujours un bureau de tabac, donc c’est vrai que nous, on est quand même des commerces qui sommes utiles. Après, par contre, il faut qu’on apprenne à se diversifier, il faut qu’on apprenne à vendre autre chose que du tabac.
// Récemment, un député a même proposé une interdiction de fumer pour toute une génération, c’est-à-dire les personnes nées en 2014 et après, qui même à 18 ans, n’auraient pas le droit d’acheter de cigarettes. On a l’impression qu’il y a une petite musique qui cible la cigarette et pourrait entraîner une baisse de la consommation. Que pensez-vous de ce type de mesures ?
/ Pourquoi pas, ça peut être très bien, mais il faut quand même que ce monsieur se rende compte qu’on n’est pas sur une île et que nos clients vont quand même souvent voir nos voisins, et ils iront. Si nous, on ne vend plus de tabac, ils feront comme ils font au jour d’aujourd’hui, ils iront sur le marché parallèle et voir nos voisins frontaliers, donc je pense que ça, ce n’est pas possible.




