Hervé Pierre (diplômé de l’Ecole nationale supérieure de Police, de l’Institut national des hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice / INHESJ et de l’académie du FBI) préconise une lutte commune et républicaine contre des réseaux de plus en plus structurés et armés (voir Lmdt du 5 juin). Dans le Plus du Nouvel Observateur du lundi 29 juin, il dénonce à nouveau la lâcheté du système français face à l’économie criminelle.
« L’économie criminelle est complètement ignorée des pouvoirs publics, bien qu’elle fasse partie de la criminalité globale. Elle réussit à passer sous les radars de la statistique, tout en étant au cœur de la rupture du pacte républicain et du délabrement de l’économie nationale.
« On manque scandaleusement de chiffres précis et les rares estimations à notre disposition font peur : le Parlement européen estimait l’économie souterraine à 219 milliards d’euros en 2012, on peut donc en déduire que l’économie criminelle, qui fait partie de l’économie souterraine, représente plusieurs milliards d’euros. Les douanes, pourtant en diminution d’effectifs, ne cessent de faire des saisies record de drogues (près de 200 tonnes en 2014 ), de médicaments (2,6 millions d’articles saisis en 2014), de tabac (une cigarette fumée sur quatre n’a pas été acheté dans les bureaux de tabac), de vêtements de luxe …
« Alors, pourquoi n’a-t-on que des approximations et des données virtuelles sur ce phénomène dont les conséquences dramatiques sont bien réelles ? Croit-on encore qu’il s’agit d’un problème secondaire ? Pourquoi ceux qui sont responsables de trafics à Barbès, à Saint-Ouen, à Marseille, s’en tirent (le plus souvent) avec un simple rappel à la loi.
« Au Canada, c’est le code criminel qui a créé une nouvelle infraction de contrebande de tabac et a durci la répression face à ces contrevenants. Au Québec, on a responsabilisé la police locale et réinjecté les perceptions des saisies (amendes, véhicules …) dans le budget dédié à la lutte contre les trafics …
« Comprenons enfin que la théorie de la vitre cassée fonctionne comme une ola dans un stade : il suffit qu’un seul la démarre pour qu’elle prenne de l’ampleur et qu’ainsi, chaque recoin de ces quartiers soit repris et l’ordre restauré. Rompons avec l’ignorance parisienne centralisatrice. Foin des querelles corporatives des administrations ! Il faut des fiches-actions précises, fixant des objectifs dans le temps. C’est une question de volonté.
« Marseille, la plus touchée des villes, commence à prendre la mesure du phénomène : on y crée des brigades spécialisées contre les reventes, l’illégalité dans la rue. Mesure de bon sens dont on a du mal à croire qu’elle n’existait pas ; preuve encore une fois de notre abandon du territoire.
« Recrutons des policiers, mettons-les sur le terrain ! Mais à police de proximité renforcée par la convergence de toutes les polices, il faut une justice de proximité pour aider la première et non la combattre ; des services fiscaux de proximité ; des peines de proximité ; des plans qui ne s’additionnent plus en s’ignorant, mais se conjuguent et deviennent enfin cohérents ».




