La frontière entre Rodange et Longlaville (Meurthe-et-Moselle) ne compte vraiment pas parmi les plus beaux endroits du Grand-Duché. Une douzaine de stations-service jalonnent la route de Longwy, de la sortie de Rodange à la frontière française, sur une distance d’environ 600 mètres.
C’est ainsi que débute un hallucinant reportage du site luxembourgeois Virgule, sous la plume de Mike Stebens, que nous reprenons (extraits).
Pour beaucoup de gens qui ne font que passer ici, il y a trois priorités : l’essence, les cigarettes et l’alcool.
Les stations-service sont conçues pour cela, avec une offre conséquente. Certaines ont une entrée de chaque côté des pompes à essence. À l’intérieur, l’offre est énorme et correspond aux nombreuses stations-service.
Il n’y a pas que des stations-service, mais aussi des magasins spécialisés dans l’alcool et le tabac. En cette fin de samedi matin, Pascal et Josiane, qui ont fait un trajet d’environ 30 minutes depuis leur ville française, sortent du deuxième magasin situé après la frontière française.
Pascal charge une bouteille de Picon et un seau de 250 grammes de tabac à chiquer dans le coffre de sa voiture. « Jusqu’à 600 cigarettes », peut-on lire sur l’emballage, pour un coût de 34,10 euros. La motivation de ne pas faire ses achats à la maison est vite justifiée : « C’est moins cher ici. »
Jusqu’à présent, ils n’ont toutefois jamais calculé précisément combien ils économisaient. Savoir qu’ils dépensent moins d’argent leur suffit. C’est également le cas pour « certaines boissons ». Le tabac acheté suffit pour trois semaines. « Je travaille au Luxembourg et je fais toujours mes courses ici », raconte Pascal.
Sur les voitures sur place, on trouve en grande partie des plaques d’immatriculation françaises.
C’est également le cas d’un jeune couple qui a fait des achats un peu plus importants. Le prix avantageux a « naturellement » été déterminant, fait savoir l’homme. Ils ont payé 65 euros. « En France, cela aurait été entre 130 et 200 euros », estiment-ils. Ils viennent à Rodange tous les mois, ce qui leur prend une heure.
« Quelques réserves », dit une femme de Longwy à propos de son acquisition. Dans le caddie, il y a plusieurs récipients de tabac à chiquer ainsi que quelques bouteilles de pastis d’une valeur d’environ 250 euros, comme l’indique la femme après un instant de réflexion. Elle ne vient pas régulièrement.
« Cela fait six mois que je ne suis pas venue ici », dit-elle. Deux fois par an, elle vient habituellement au Luxembourg pour faire des achats. « Pas seulement ça, des vêtements aussi », ajoute-t-elle, « c’est moins cher au Luxembourg qu’en France ».
À la station-service qui offre probablement le plus grand choix,
Catherine et Sandy ont fait des emplettes pour 256,70 euros. Elles sortent plusieurs caisses de tabac à rouler et quelques cartouches supplémentaires.
Catherine, la mère, explique qu’elle vient de Bergerac, à presque 900 kilomètres de là, dans le sud-ouest du département de la Dordogne. Mais pas seulement pour acheter du tabac. « De toute façon, ce n’est pas pour moi », s’empresse-t-elle d’ajouter. En hiver et en été, elle passe ses vacances en Lorraine, où vit sa fille.
Une autre femme est venue de Marseille avec son mari. Tous deux portent deux caisses de tabac et une barre. « Nous ne sommes pas venus ici exprès pour ça, mais pour rendre visite à la famille », souligne-t-elle. La dernière fois qu’ils ont fait des achats à Rodange, c’était il y a sept ans.
« Tu fumes un paquet par jour », dit-elle en désignant son mari. Elle-même ne fume pas. « Tu payes 14, 15 euros par jour, 450 par mois ». Ils ont dépensé 250 euros aujourd’hui.
Juste après la frontière se trouve un magasin qui dispose de surfaces de vente des deux côtés de la rue.
Derrière le comptoir de vente, l’homme dit qu’il faut d’abord demander l’autorisation à un responsable avant qu’un membre du personnel puisse parler à un journaliste.
Après une brève concertation entre les personnes présentes, on lui fait savoir qu’aucun responsable n’est joignable le week-end et qu’il n’est donc pas possible d’avoir un entretien ou de prendre des photos. Il en va de même dans presque toutes les stations-service sans exception. Le personnel n’est pas autorisé à s’exprimer sans accord préalable (…).
(Voir les 9 et 6 décembre 2025)




