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10 Oct 2025 | Récents, Vapotage
 

L’OMS a dressé un constat alarmant, ce mardi 7 octobre, affirmant que près de 15 millions d’adolescents du monde entier, âgés de 13 à 15 ans, avaient désormais recours à l’utilisation de cigarettes électroniques (voir les 8 et 9 octobre).
La Dépêche du Midi (du 9 octobre) a analysé ce phénomène avec le Docteur Marion Adler, responsable du service d’addictologie à l’hôpital Antoine Béclère AP-HP à Clamart (voir le 9 juillet 2025).
La médecin, tabacologue et addictologue, livre un bilan plus nuancé.


La Dépêche du Midi : L’OMS s’inquiète d’une nouvelle addiction, celle à la cigarette électronique, notamment chez les adolescents. Ce phénomène est-il déjà visible en France ?

Marion Adler : Oui, on le constate, mais il faut remettre les choses en perspective. L’arrivée de la cigarette électronique sur le marché, vers 2010-2011, a coïncidé avec une forte baisse du tabagisme, notamment chez les jeunes. À partir de 2014, la diminution du tabac s’est accélérée. La vape est devenue un concurrent direct du tabac, et ça, c’est une bonne chose.
Évidemment, je ne dis pas qu’il est bon de vapoter, mais si un jeune choisit la cigarette électronique plutôt que le tabac, il s’éloigne d’un produit infiniment plus dangereux.


La Dépêche du Midi : Donc, selon vous, on pourrait parler d’un « mal pour un bien » ?

Marion Adler : Exactement. Ce qui est toxique, c’est la fumée, pas la nicotine. La fumée résulte de la combustion du tabac, et elle est toxique à 100 %. La nicotine, elle, est addictive mais non cancérigène. C’est ce qui maintient les gens dans le tabagisme, mais ce n’est pas ce qui les tue.
Selon des études britanniques, la cigarette électronique représente environ 5 % du risque d’une cigarette classique.
Bien sûr, il faut poursuivre les études à long terme, mais les données actuelles vont clairement dans ce sens. La majorité des études négatives concernent d’anciens fumeurs, donc il est logique qu’on y retrouve des traces de pathologies liées au tabac.
Il faudrait désormais des études sur des vapoteurs « purs », sans antécédent de tabagisme.


La Dépêche du Midi : On entend pourtant souvent dire que la cigarette électronique reste très nocive ou qu’elle est « industrielle ». Qu’en est-il réellement ?

Marion Adler : C’est une idée reçue. La cigarette traditionnelle contient plus de 4 000 substances toxiques. La cigarette électronique a prouvé son efficacité dans le sevrage tabagique puisqu’elle ne contient pas de tabac ni de fumée, mais repose sur la vaporisation de nicotine par propylène-glycol et des arômes ingérables (qui suivent les normes AFNOR). Une revue Cochrane publiée en 2024 l’a confirmé : la cigarette électronique avec nicotine est plus efficace pour arrêter de fumer que les substituts nicotiniques classiques.
Ce n’est pas un médicament, mais c’est un outil utile.


La Dépêche du Midi : Mais l’OMS parle de 15 millions d’adolescents dépendants de la nicotine dans le monde à cause du vapotage. Doit-on s’inquiéter pour leur santé ?

Marion Adler : Avant, ces adolescents fumaient du tabac. Aujourd’hui, certains vapotent – ce n’est pas idéal, mais c’est beaucoup moins grave. Dans des pays comme la Nouvelle-Zélande, on a observé une forte baisse du tabagisme depuis l’arrivée de la vape.
En France aussi, les chiffres chutent. Le vapotage agit clairement comme une porte de sortie du tabac, voire un concurrent, pas comme une entrée.


La Dépêche du Midi : Quid des fameuses puffs, ces cigarettes électroniques jetables ?

Marion Adler : La puff, c’est simplement une vape jetable. C’est polluant, oui, mais beaucoup moins qu’un mégot. Les interdire n’a servi à rien puisque les jeunes s’en procurent toujours, mais maintenant via des circuits illégaux, donc sans contrôle. C’est plus cher, plus risqué.
On a créé un marché parallèle au lieu d’encadrer, et les industriels de la puff ont utilisé un marketing visant particulièrement les jeunes, ce qui est condamnable.


La Dépêche du Midi : Pourquoi ces puffs rendent-elles si vite dépendant ?

Marion Adler : Parce qu’elles contiennent de la nicotine, tout simplement. La nicotine est addictive, mais pas plus dans une puff que dans une cigarette classique.
On dramatise le vapotage en oubliant que le vrai danger reste le tabac.