
Un coffre-fort contenant 181 000 euros en espèces, des vacances au ski, une maison rénovée et un trafic qui aurait coûté plus d’un million d’euros à l’administration pénitentiaire. Le parquet a requis trois ans de prison ferme, ce 29 juin, au tribunal d’Évry-Courcouronnes, contre un surveillant de Fleury-Mérogis accusé d’avoir détourné des milliers de cartouches de cigarettes destinées aux détenus… (voir le 11 février 2026).
Nous reprenons la relation de l’audience qu’en fait La Charente Libre.
C’est une histoire de famille, de trafic et de train de vie luxueux.
La « belle vie » de David D., supposément financée par la revente de cigarettes destinées aux détenus, connaît un coup d’arrêt, avec trois ans de prison ferme requis contre ce surveillant pénitentiaire de Fleury-Mérogis.
Le quinquagénaire a reconnu lors de l’audience avoir tiré un bénéfice de 232 000 euros de son trafic, organisé depuis son poste au magasin central du centre pénitentiaire de l’Essonne.
« Ces atteintes à la probité jettent un discrédit énorme sur tous les fonctionnaires », a tancé l’un des procureurs.
David D. comparaît pour détournement de biens et blanchiment aux côtés de sa sœur, directrice des affaires financières de l’établissement, soupçonnée de négligence et de recel de détournement, et de sa femme, infirmière, jugée pour blanchiment.
La sœur du principal prévenu aurait dû « exiger, dans des délais plus précis, des états des stocks », « un tableur aurait suffi », a lancé l’autre représentante du ministère public.
Des amendes (jusqu’à 20 000 euros pour le surveillant) ont également été requises. Le parquet a requis un an de sursis pour la cadre, quatorze mois de prison, dont deux ferme, pour l’épouse du prévenu principal.
« Le dossier qui va nous occuper est un dossier avec des mots atypiques », dans un univers professionnel « rarement examiné de près comme nous allons le faire toute la journée », entame la présidente, en préambule de l’audience.
Au cours d’une audience qui s’est étirée sur plus de quatorze heures, les trois magistrates ont « disséqué des mécanismes assez compliqués de liens entre des directions » et des employés, comme David D. et sa sœur, Audrey R.
D’abord « le décor », « le centre pénitentiaire de Fleury, un des plus gros centres d’Europe, 5 000 détenus, cinq bâtiments, cinq divisions, une hiérarchie très étoffée » que les magistrates tenteront de démêler, au gré des déclarations parfois imprécises de David D.
David D. a reconnu avoir soustrait des cartouches destinées aux détenues pour les revendre via un intermédiaire à l’extérieur de la prison, précédemment condamné.
Selon l’accusation, ce trafic a duré entre janvier 2021 et début 2026, occasionnant pour l’administration pénitentiaire un préjudice estimé à plus d’un million d’euros.
Lors de l’audience, David D. a reconnu avoir rempli « 104 cartons » d’à peu près 25 cartouches chacun, mais sur une période plus courte, et sous la contrainte d’un mystérieux « homme originaire de l’Est » qui menaçait sa famille, a-t-il décrit…
Plusieurs témoins cités par l’agent judiciaire de l’État, partie civile, ont souligné des manquements attribués à David D. mais aussi à Audrey R., alors directrice financière.
Celle-ci nie vigoureusement toute négligence et toute connaissance de ce trafic, assurant qu’elle n’était pas en charge de la gestion de la cantine et qu’il existait de toute façon une « impossibilité matérielle d’estimer le volume (de tabac) commandé par les détenus et donc le stock ».
L’épouse du surveillant est, elle, soupçonnée d’avoir profité en connaissance de cause du liquide de son mari. « (J’avais) la tête dans le guidon, je ne m’en suis pas aperçue », s’est-elle défendue, très émue lorsque les questions abordent sa vie de famille et ses enfants.
La décision est mise au délibéré.




