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13 Août 2026 | Institutions
 

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Le trafic de tabac a changé de dimension pour devenir une branche à part entière de la criminalité organisée, loin de l’image surannée du petit contrebandier. C’est le constat alarmant dressé par Nathalie Goulet, sénatrice de l’Orne, dans une tribune publiée par La Revue du Trombinoscope. Elle y dénonce un phénomène industrialisé qui gangrène l’économie et la société, appelant à une prise de conscience et à une réponse ferme des pouvoirs publics (voir 4 février 2026 et 23 juin 2025 / Goulet).
Nous reprenons le communiqué publié à cette occasion.

La sénatrice souligne d’emblée la diversification des réseaux criminels, qui ne se cantonnent plus au seul narcotrafic.
« La criminalité organisée est pluridisciplinaire et créative et les narcotrafiquants ne se limitent plus depuis longtemps à la drogue, mais manient la contrefaçon, le trafic de migrants et toutes les cordes de la criminalité organisée », précise Nathalie Goulet.

Dans ce contexte, le commerce illicite de cigarettes s’impose comme un vecteur majeur et souvent sous-estimé de cette économie souterraine.

« Le trafic de tabac est l’un des vecteurs trop souvent ignorés. Il constitue désormais une industrie criminelle structurée, capitalisée, armée, qui gère des flux à l’échelle continentale », poursuit-elle.
Les données présentées par l’élue témoignent de l’ampleur du fléau. La France détient le triste record européen du tabac de contrebande, avec 18,7 milliards de cigarettes illicites consommées, soit près de la moitié des volumes circulant dans l’Union européenne. Cette fraude massive représenterait jusqu’à 17,7 % du tabac consommé sur le territoire national.

Le préjudice pour les finances publiques est colossal. « Le manque à gagner fiscal est estimé à près de 9 milliards d’euros », chiffre la sénatrice. Des ressources qui échappent ainsi au financement des services publics, de la santé ou de la sécurité.

Plus inquiétant encore, le mode opératoire des trafiquants a évolué. La contrebande ne se limite plus à l’importation depuis des pays à faible fiscalité : la production s’est délocalisée sur le territoire français.
Au cours des cinq dernières années, pas moins de sept usines clandestines ont été démantelées par les autorités.
Ces structures illégales, véritables pôles industriels du crime, sont capables de produire jusqu’à deux millions de cigarettes par jour, générant des profits pouvant atteindre 120 000 euros quotidiennement pour les réseaux.

L’organisation logistique des trafiquants s’est professionnalisée, s’alignant sur les méthodes du narcotrafic. Les réseaux ont adopté des stratégies sophistiquées pour échapper aux contrôles.
« Loin de l’image du petit passeur frontalier, presque sympathique, les criminels d’aujourd’hui sont passés au trafic 4.0, avec des messageries cryptées, des mules et une implantation via les réseaux sociaux et les applications numériques », détaille Nathalie Goulet.
Face à cette montée en puissance, les services des douanes ont intensifié leurs efforts, avec 548 tonnes saisies en 2025, soit une hausse de 12 % en un an.

Au-delà de l’aspect financier, ce trafic a des conséquences directes sur la santé publique.
En rendant le tabac moins cher et plus accessible, notamment pour les jeunes, il freine les politiques de prévention et entretient l’addiction, responsable de plus de 68 000 décès en France en 2023. Les victimes sont aussi économiques : les buralistes, en particulier dans les zones frontalières, subissent une concurrence déloyale qui menace leur activité et fragilise le tissu commercial local. Certains voient leurs ventes chuter de 45 %, mettant en péril des emplois et le lien social dans de nombreuses communes.

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