Lorsque Sud-Ouest demande à Jérôme Duffieux, président de Traditab (voir 7 janvier 2025), si la ferveur autour de la chicha profite aux producteurs locaux, sa réponse se fait hésitante : « j’ai le sentiment que cet engouement est un peu passé de mode » relativise-t-il, « du moins, parmi notre réseau, on n’en ressent pas directement les effets »
Dans tout le quart sud-ouest – Nouvelle-Aquitaine et une partie de l’Occitanie – la coopérative de production Tabac Garonne Adour (TGA / voir 9 septembre 2023) dénombre 176 producteurs de tabac, dont 43 % environ (environ 70 producteurs) basés dans le Lot-et-Garonne.
Pour produire du tabac adapté à la consommation de chicha, certaines conditions sont nécessaires, à commencer par la variété. En effet, le tabac narguilé dépend du Virginie.
•• Or, dans le Sud-Ouest, sur les 700 ou 800 tonnes produites par la coopérative Traditab, seuls 20 % environ sont du Virginie, le reste du Burley : « nos conditions climatiques profitent davantage à la production de Burley qu’au tabac blond adapté », explique Jérôme Duffieux.
Les pays du sud de l’Europe produisent du tabac narguilé dit aromatique, car leur taux de nicotine est plus élevé. Mais comme il doit contenir peu de nicotine, pour permettre de faire une pâte claire pour la mélasse, celui produit dans le Sud-Ouest ne convient pas.
Il est essentiellement dédié au tabac à rouler.
•• Le président de Traditab précise que seuls « quelques agriculteurs du nord de la Nouvelle-Aquitaine produisent du tabac narguilé destiné à la chicha, mais le revendent à des filiales de commercialisation du nord-est de la France, ou en Allemagne, qui a le leadership ».
« Au global, pour les producteurs français, le marché du narguilé est une opportunité. Mais pour les producteurs du département, on constate moins de résultats », conclut Jérôme Duffieux.
Certains producteurs lot-et-garonnais, comme Bernard Raffaello, basé à Buzet-sur-Baïse avec son fils, ont expérimenté la production de tabac Virginie pour le narguilé, sans grand succès (voir 14 octobre 2016) : « on en a fait, car on avait, à l’époque, quitté France Tabac et on a trouvé d’autres marchés. Mais aujourd’hui ce n’est plus le cas, et ce n’est pas d’actualité. »
Quatre hectares de leur production totale (douze tonnes) sont dédiés au Virginie.




