Après une nouvelle agression brutale de transport de tabac au Rheu, près de Rennes, des livreurs de tabac ont décidé de se mettre en retrait une journée (voir 13 et 15 avril). Ils dénoncent des conditions de travail dangereuses et appellent à des mesures de sécurité renforcées. En toile de fond : un marché parallèle du tabac en plein essor, qui attise les convoitises, rapporte Ouest France.
L’agression du Rheu était celle de trop. Le 11 avril, dans cette commune d’Ille-et-Vilaine à l’ouest de Rennes, plusieurs individus ont braqué un camion de livraison de tabac après s’en être pris au chauffeur à coups de barre de fer.
•• Le lundi suivant, « aucun camion n’a quitté le dépôt », rapporte un salarié de la société de transport qui emploie ces livreurs. Lui et le reste de l’équipe ont décidé d’exercer leur droit de retrait, « en solidarité avec les collègues », mais aussi pour manifester leur colère face à ces agressions qui se multiplient « sans que rien ne change » pour sécuriser les convoyages.
Quelques semaines plus tôt, le 25 février, un autre braquage violent avait ciblé un camion en pleine livraison, à Chantepie (voir 24 avril). Et en décembre, deux autres vols ont été relevés à Rennes, dans les quartiers de Cleunay et du Blosne. « Ça fait quatre attaques en quatre mois, dont deux très violentes. Maintenant, on flippe tous », rapporte ce même employé, qui préfère rester anonyme.
Les livreurs de tabac ont beau prendre toutes les précautions possibles pour masquer leurs parcours de livraison, rouler avec des camions neutres et des cartons sans logo, « ça n’empêche pas tous les braquages », poursuit-il.
•• Il faut dire qu’à environ 8 000 euros le carton, la cargaison de ces fourgons représente plusieurs centaines de milliers d’euros à la revente sur le marché noir. Et la demande est là. D’après un rapport du cabinet d’études KPMG, 43 % des cigarettes consommées en France provenaient du marché parallèle en 2023.
« C’est pas normal d’envoyer un gars tout seul avec une telle valeur dans son coffre ! », s’emporte le chauffeur, qui plaide pour que les livraisons se fassent systématiquement en binôme. Mieux, il aimerait que les fourgons soient escortés par les forces de l’ordre, comme c’est le cas depuis l’agression au Rheu. « C’est très bien, mais ça va durer jusqu’à quand ? »
Les camions de livraisons de tabac sont des cibles privilégiées pour les malfaiteurs, qu’ils soient « organisés ou opportunistes », analyse le commissaire Olivier Aubry, chef du Service interdépartemental de Police judiciaire, basé à Rennes. « Cette délinquance est protéiforme. Certains profitent d’une livraison pour dérober un ou deux cartons et partir en courant. Mais il existe aussi des équipes organisées, qui font main basse sur de plus grosses quantités. C’est plus rare. »
Le commissaire assure que les services de police accordent « une attention particulière » aux affaires de vol de cigarettes, que la cible soit le transporteur ou le bureau de tabac.
Ils agissent en amont, « avec le suivi des livraisons par escorte » opéré par le Service départemental de la Sécurité publique (SDSP), mais aussi en aval via les services d’enquêtes qui travaillent activement pour interpeller les délinquants impliqués dans ces braquages.




