Dans un article d’Ivan Letessier publié ce soir sur Figaro.fr (et qui devrait paraître dans l’édition papier du 18 octobre) il est annoncé que « les changements prévus en janvier (paquet neutre et hausses de taxes) risquent de faire voler en éclat l’harmonie en vigueur depuis des années ».
••• L’article commence par le rappel du lancement, cet été, d’une série limitée de « News » à 6,30 euros. « Je ne trouvais pas normal qu’il n’y ait que deux niveaux de prix : 6,50 et 7 euros », confie Dior Decupper, PDG de Seita, « depuis des années, les marques internationales les moins chères étaient vendues au même prix que les marques nationales. Nous voulions envoyer un message fort aux buralistes avant l’arrivée du paquet neutre ».
••• « L’opération préfigure-t-elle une guerre des prix en janvier ? » s’interroge Ivan Letessier. « Rien n’est sûr, mais les cigarettiers s’y préparent. Tous les ingrédients sont réunis pour faire voler en éclats le corridor tarifaire en vigueur depuis de nombreuses années, avec un écart de 50 centimes entre les marques les moins chères et Marlboro, le leader du marché. Et de revenir sur un quadruple big bang prévu le jour de l’An ».
• Le paquet neutre : « avec le paquet neutre, les consommateurs adultes pourraient être plus tentés d’acheter leur produit hors du réseau légal des buralistes », assure Amancio Sampaio, président de Philip Morris France, « or le marché parallèle représente déjà 27 % de la consommation, avec 16,7 milliards de cigarettes, et entraîne une perte fiscale estimée à environ 4 milliards d’euros par an ». Commentaire du journaliste : « le paquet neutre pourrait inciter les industriels à se lancer dans une guerre des prix. Non en les baissant comme News, mais en décidant au même moment (choisi par le gouvernement) des hausses d’ampleurs variées ».
• Les taxes sur le tabac à rouler vont augmenter, ce qui doit en théorie faire bondir de 17 % le prix de la blague de 30 grammes, qui passerait de 7,40 à 8,60 euros.
• L’exécutif veut aussi créer une taxe de 5,6 % sur le chiffre d’affaires des distributeurs de tabac, censée rapporter 130 millions d’euros à l’État. Ces derniers vont la refacturer aux industriels, qui pourraient la répercuter, en partie ou en totalité. « Jusqu’à l’annonce de cette taxe, le gouvernement disait ne pas vouloir toucher aux taxes sur les cigarettes. Or, cette taxe démontre une volonté déguisée de voir augmenter les prix, et cela risque d’avoir un double impact sur le marché », assure Amancio Sampaio, « en France, la liberté de fixer le prix de détail appartient à chaque fabricant. Factuellement, en prenant en compte l’élasticité du marché, cette taxe pourrait aboutir à augmenter de plusieurs dizaines de centimes le prix des cigarettes ».
• La hausse de la rémunération des buralistes : « la hausse de prix pourrait être d’autant plus forte que les buralistes tentent d’obtenir une hausse de leur rémunération (8,84 % du prix du paquet aujourd’hui) au détriment de celle des industriels (10 %) », reprend Ivan Letessier.
••• En théorie, les cigarettiers ont donc trois bonnes raisons d’augmenter les prix, selon l’article. En pratique, les choses sont plus complexes. Et pour cause : pour la première fois depuis des années, le gouvernement va relever les taxes sans hausse du « minimum de perception », un indicateur fiscal fixant un plancher théorique pour le paquet de cigarettes. Le minimum de perception du tabac à rouler va lui augmenter très faiblement.
••• Conclusion. « C’est dans le flou que chaque fabricant devra réaliser une série d’arbitrages avant d’envoyer sa prochaine liste de prix. Soucieux de préserver à la fois chiffre d’affaires, profits et parts de marché, ils devront intégrer plusieurs inconnues, dont l’impact des hausses de prix sur le marché, le phénomène des prix psychologiques (7, 7,50 et 8 euros) et surtout, la stratégie de leurs rivaux. Selon les marques, les prix pourraient rester stables quelques mois, augmenter d’une, ou de plusieurs dizaines de centimes. De quoi chambouler le marché… Jusqu’à la prochaine liste de prix ».




