
La récente mobilisation nationale des buralistes a envoyé un message clair : le réseau est arrivé à un point de bascule.
Derrière les rassemblements de ces derniers jours, il y a une inquiétude très concrète, celle de 22 500 entrepreneurs qui voient leur activité fragilisée par la contraction du marché légal, la progression des trafics, l’insécurité dans les points de vente et l’absence de visibilité.
C’est ainsi que débute une « tribune libre aux buralistes » de Julia Neumaier, directrice d’Imperial Brands Seita (voir les 8 et 9 septembre).
Je veux leur dire aujourd’hui que nous les comprenons et que nous partageons leurs inquiétudes. Imperial Brands Seita est aux côtés de la Confédération nationale des buralistes, non par circonstance, mais par conviction. Depuis cent ans, notre entreprise est profondément ancrée partout en France. Cette histoire nous donne une responsabilité particulière envers un réseau avec lequel nous entretenons une relation ancienne, quotidienne et essentielle.
Notre entreprise et les buralistes n’occupent pas la même place dans la filière.
Nos intérêts ne se confondent pas toujours et nos propositions peuvent différer sur certains sujets. Mais ces différences ne doivent pas occulter l’essentiel : nous partageons de nombreux combats et une même exigence de cohérence.
Nous voulons préserver un marché légal, régulé et contrôlé, protéger les consommateurs, combattre les réseaux criminels et garantir l’avenir d’un maillage commercial indispensable à tous les territoires.
Une pause fiscale est devenue nécessaire
La première urgence est celle de la stabilité, réglementaire et fiscale.
En moins de dix ans, le réseau des buralistes a vu les volumes de tabac livrés diminuer d’environ 40 %, alors même qu’il continue d’assurer le monopole de la vente au détail pour le compte de l’État. Cette contraction ne correspond pas uniquement à une baisse de la consommation. Elle traduit aussi le déplacement d’une part croissante des achats vers les circuits transfrontaliers, la contrebande, la contrefaçon et les réseaux de vente illicites.
Dans ces conditions, poursuivre mécaniquement les hausses fiscales reviendrait à ignorer les réalités du terrain.
Nous soutenons la demande des buralistes en faveur d’un moratoire fiscal et nous demandons un plafonnement de son indexation sur l’inflation.
Imperial Brands Seita défend, pour sa part, l’instauration d’un contrat de stabilité pluriannuel, comme cela est appliqué dans d’autres pays, comme l’Allemagne, par exemple. Les formulations peuvent varier, mais l’objectif est commun : mettre fin à l’imprévisibilité fiscale, instaurer une véritable stabilité sur plusieurs années, éviter de creuser encore les écarts de prix avec les pays voisins et redonner de la visibilité à l’État, aux entreprises et aux 22 500 buralistes de France.
Cette stabilité ne serait ni un renoncement à la politique de santé publique ni un privilège accordé à notre secteur.
Elle permettrait au contraire de consacrer davantage d’énergie à la prévention, à l’accompagnement des fumeurs adultes vers des alternatives à moindres risques et à la lutte contre les achats illégaux.
Le marché parallèle est désormais un enjeu de sécurité intérieure
Nous devons également regarder le problème du marché parallèle en face.
Il ne s’agit plus seulement d’achats occasionnels. La contrefaçon, les usines clandestines et les réseaux de distribution structurés témoignent d’une véritable industrialisation du trafic. En 2025, le trafic de tabac est devenu, pour la première fois, le premier marqueur de la criminalité organisée traitée par la Douane française. Près de 29 % des réseaux criminels démantelés étaient liés au tabac, devant la fraude financière et les réseaux de stupéfiants. Sept usines clandestines ont été démantelées en France depuis 2021.
Cette évolution menace directement les buralistes, prive l’État de recettes considérables, expose les consommateurs à des produits sans traçabilité et alimente la criminalité organisée.
Selon l’étude conduite par les Douanes et la MILDECA, 17,7 % du tabac consommé en France échappait à la fiscalité nationale en 2023, soit environ 4,3 milliards d’euros de recettes non perçues (ce montant était d’environ 2,5 à 3 milliards d’euros en 2021, selon le rapport parlementaire Woerth-Park, soit une hausse moyenne de 56 % en seulement deux ans !).
Nous saluons l’engagement des services de l’État.
Mais l’ampleur du phénomène exige une réponse plus forte, coordonnée et durable : davantage de moyens humains, techniques et judiciaires, une présence renforcée sur le terrain, des sanctions effectives et une meilleure articulation entre les douanes, les forces de sécurité, la justice et les acteurs locaux. Face à des réseaux criminels, la fiscalité ne peut pas constituer l’unique réponse publique.
Protéger le réseau légal et préparer l’avenir
Soutenir les buralistes, c’est aussi valoriser ce qu’ils représentent.
Leur réseau ne se résume pas à un canal de distribution. Il constitue le premier réseau de commerces de proximité, joue un rôle de lien social et assure de nombreux services du quotidien, parfois là où ils ont disparu. Lorsqu’un bureau de tabac ferme, c’est souvent un point de rencontre, un ensemble de services et une part de la vitalité et de la convivialité locale qui disparaissent.
Ce réseau a démontré une remarquable capacité de transformation.
Il doit maintenant pouvoir préparer l’avenir dans un cadre cohérent, notamment pour les produits sans combustion destinés aux seuls consommateurs adultes, tels que la vape.
Nous partageons avec la Confédération des buralistes la nécessité d’une distribution responsable et mieux contrôlée, fondée sur un contrôle effectif de l’âge, un encadrement rigoureux des canaux de vente et des sanctions contre les acteurs qui contournent les règles. La protection des mineurs est un impératif absolu et doit aller de pair avec l’organisation d’un marché correctement régulé pour les fumeurs adultes.
Au moment où s’ouvre le débat budgétaire au Parlement, les pouvoirs publics ont le choix entre la poursuite d’une mécanique devenue contre-productive et une politique plus équilibrée, combinant stabilité fiscale, réduction des risques, protection des mineurs et lutte déterminée contre les trafics.
Nous appelons clairement à cette seconde voie.
Aux buralistes, je veux enfin redire ceci : fidèle à son histoire, Imperial Brands Seita restera un partenaire loyal, constant et indéfectible.
Nous continuerons à porter, à leurs côtés, la défense du marché légal, de la proximité et d’une réglementation efficace. Leur mobilisation doit maintenant être entendue. Le temps des constats est passé.
Celui de l’action doit commencer.
Julia Neumaier
Directrice générale
Imperial Brands Seita




