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16 Nov 2025 | Profession
 

Nous publions une tribune libre de Cyrille Geiger / commerçant, formateur et consultant.
Défenseur d’un commerce de proximité vivant, digne et utile (voir 4 novembre).

« Il faut sauver le soldat Ryan, disaient-ils.
Aujourd’hui… il faut sauver le soldat Buraliste.
Pas des bombes, non. Pas de la guerre, non plus. Mais des préjugés et des raccourcis.
De cette habitude très française de juger avant de comprendre et de taper sur ce qui ne nous concerne pas.
Le buraliste, c’est un bout de France derrière un comptoir. Une France debout avant le jour et après la nuit. Debout malgré tout oserais-je dire. Une France qui ne parle pas de relocalisation… parce qu’elle n’a jamais délocalisé. Dans sa boutique, on trouve le café, le journal, un sourire, parfois un peu d’écoute. Et souvent, c’est tout ce qu’il reste d’humain dans le service rendu au public.

// Parce que le buraliste, c’est une cible facile. Parce qu’il vend du tabac, on oublie qu’il vend aussi du lien. Parce qu’il encaisse pour l’État, on le soupçonne d’en profiter.
Parce qu’il résiste, on le soupçonne d’être poujadiste, comme si défendre son métier était une posture politique. Parce qu’il croit encore à la proximité, on le dit ringard.

// Et pourtant… Diversification, numérique, relais-colis… Vapotage et autres produits alternatifs.
Une mutation silencieuse. Sans bruit, sans slogans, mais avec pragmatisme. Et, de plus en plus souvent, hélas, avec résignation.

// Ce métier, c’est aussi une communauté. Une profession qui fait bloc, qui avance ensemble avec son organisation professionnelle. Pas de show télé. Pas de corporatisme à attaquer avec facilité. Juste du collectif. C’est rare, dans un pays où la division est devenue spectacle et fonds de commerce de nombreux élus de la République.

// Oui, il existe des aides. Mais une aide, ce n’est pas un respect.
Et c’est de respect et de modèle économique viable qu’ils ont besoin. Pas de pitié, pas de compassion, pas d’assistance respiratoire, pas de discours ambivalent.
Parce qu’au fond, le buraliste, c’est le dernier comptoir du lien social. Le dernier endroit où l’on dit encore bonjour sans passer par un écran ou un QR code. Le dernier endroit où un robot ne nous demande pas si nous sommes des êtres humains. Le dernier visage familier avant la froideur numérique.

// Le jour où il n’y aura plus de buralistes… il n’y aura plus de quartiers.
Seulement des « zones de chalandise » avec des « lockers » installés au nom de la disponibilité et de la proximité. Des lockers aussi fermés au lien social et au tissu économique local que leur nom.

// Il faut sauver le soldat Buraliste. Pas parce qu’il est à bout, mais parce qu’il est exemplaire et utile.
Utile aux collectivités et aux Français.
Parce qu’il incarne la France du travail, du lien, du courage tranquille. Parce qu’il prouve qu’on peut encore faire du commerce avec un peu d’âme, malgré un État sans état d’âme.
Et qu’à force de vouloir moraliser tout ce qui fume, on finira par étouffer ce qui respire encore : l’humanité simple du commerçant du quotidien.

// Il faut sauver le soldat Buraliste, parce qu’il incarne cette France du travail qu’on cite dans les discours et qu’on matraque dans les décisions.
Parce qu’il prouve qu’on peut concilier commerce et civisme, indépendance et utilité, proximité et modernité.