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5 Août 2017 | Trafic
 

Étonnant mais c’est une réalité. Les trafiquants ont redécouvert les sentiers de montagne pour passer le tabac d’Andorre en France.

Tous les moyens sont bons pour alimenter le marché parallèle du tabac, même les plus archaïques.

Nous en avons parlé, ici même, à plusieurs reprises (voir Lmdt du 21 mai 2017 ainsi que des 19 décembre et 27 janvier 2016 ou du 29 mai 2015).

•• En Ariège, les douaniers ont donc repris le métier « à l’ancienne », patrouillant à pied près de la frontière, pour intercepter les « mules » de ces réseaux. Un reportage signé La Dépêche du Midi de ce vendredi 4 août. Extraits :

•• La route ne va pas plus loin, remontant les pentes sauvages de la vallée d’Aston, elle s’arrête à 1 700 mètres d’altitude, au Pla de Laspeyre. Après le refuge du Ruhle à 1 h 30 de marche, « c’est l’Andorre et le port d’Incles, l’un des points de passage préféré des trafiquants » désigne Philippe, un des cinq douaniers d’une patrouille de la brigade d’Ax-les-Thermes.

•• Aujourd’hui, la patrouille s’est scindée en deux et la radio grésille de loin en loin (…) Mais même avec des crapahuteurs chevronnés, ça n’en laisse pas moins « 450 kilomètres carrés de zone montagne » à arpenter, calcule sur la carte Patrick Granat, leur patron.

Loin là-haut, deux silhouettes suspectes se sont immobilisées, un paquet clair à bout de bras. Jumelles. « Des adultes avec chacun un tout petit enfant … » secoue la tête Franck. Mais pas de passeurs, « qui n’aiment pas trop lorsqu’il y a des randonneurs » explique Philippe.

•• « Mules » doublant à pied le flux routier, chargées d’une soixantaine de cartouches – une dizaine de kilos de tabac – dans le sac à dos et d’une ou deux valisettes de cinq kilos … « Il y a cinq ans, c’était anecdotique. Mais l’an passé, on a fait 1,6 tonne de saisies en montagne et cette année, on en est déjà à 1,2 tonne en juillet », calculent les douaniers d’Ax, confrontés à une réalité désormais très éloignée des contrebandiers d’autrefois, à l’instar de ces quelques anciens légionnaires des pays de l’Est qui filaient ensuite vers Nîmes.

•• Et si, à Toulouse, les fameux paquets jaunes revendus 5 euros du côté d’Arnaud-Bernard (voir Lmdt des 23 juillet et 2 avril 2017) pouvaient parler ? Ils raconteraient alors de « pauvres types », piochés sans papiers vers Mostaganem, ne parlant pas français, déposés de l’autre côté par les réseaux pour porter les sacs, à prix cassés par certains négociants (…) Ils se souviendraient de ceux-là, la vingtaine maigre, interceptés « en tongs et sandalettes » dans un pierrier. Ces autres dans la neige, les pieds enroulés de Cellophane ou protégés de sacs plastiques.

« Des rudes, des rustiques, mais qui laissent imaginer la misère chez eux s’ils croient qu’ici c’est le paradis de risquer leur vie en montagne, hiver, été, pour 0,50 euro la cartouche, tarif débutant, 2 euros pour les confirmés, payés sous forme de paquets à revendre », résume Philippe.

•• Retour vers la brigade. Dans leur local sécurisé, les sacs de précédentes saisies confirment le processus industrialisé qui rapporte des centaines de milliers d’euros aux chefs, pour des clopes aux fourmis… « Derrière le trafic de tabac, c’est aussi le trafic d’êtres humains que financent les acheteurs » conclut un douanier.

•• « Les trafiquants n’hésitent plus, non plus, à multiplier les guetteurs rémunérés sur l’axe vers l’Andorre ou à mettre notre vie en jeu en nous fonçant dessus aux barrages » ajoute, dans un encart, un douanier. Il rappelle ainsi que ce monde des passeurs est « un univers criminel où l’on n’hésite pas à abandonner ses complices accidentés dans un convoi, non sans avoir déchargé le tabac de leur voiture, ainsi qu’on a pu le voir, début mai, lors d’un accident mortel entre Ariège et Aude » (un accident qui, à l’époque, n’avait pas été attribué au trafic de tabac / ndlr).

•• De fait, comparé au cannabis, le rapport bénéfice/risque aiguise appétits et concurrence. Témoin, l’enquête Douanes-Police et le flagrant délit réalisés à Toulouse, qui a permis de faire tomber un réseau dont le profit des organisateurs était estimé à plus de 600 000 euros en deux ans (voir Lmdt du 17 décembre 2016).