Romain Rancière – chroniqueur économiste à Libération (chercheur à l’Ecole des Ponts et Prix 2010 du « Jeune économiste » du Cercle des Economistes) – s’insurge, dans une tribune parue le 2 octobre dernier, contre le renouveau du « paternalisme » dans l’économie, particulièrement dans le domaine de la santé publique. Son propos prend de l’importance … au moment où la bière est mise sur le même pied que le tabac dans le cadre du chapitre « taxes comportementales » du projet de loi de finances pour la Sécurité sociale 2013. Et que le député Jean-Marie Le Guen revient régulièrement sur ce thème de la taxation comportementale (voir Lemondedutabac du 5 octobre).
Pour le chercheur, l’interdiction de fumer dans les lieux publics pouvait se justifier « d’un point de vue moral, selon le principe que protéger la liberté d’autrui peut imposer des bornes à ma propre liberté ». A l’inverse, instaurer une interdiction de fumer dans tous les espaces extérieurs d’une ville ou proposer d’interdire la vente de bouteilles de sodas de grande taille dans toute la ville (comme l’a fait le maire de New York en septembre) entrainent des « conséquences sur la liberté individuelle d’une toute autre nature … ».
Il s’agit, constate l’auteur, de « protéger contre eux-mêmes les gros fumeurs ou les gros consommateurs de soda, en faisant implicitement l’hypothèse qu’ils ne sont pas rationnels … et de restreindre leur liberté au nom de la correction de leurs biais cognitifs ».
Pour Romain Rancière, on assisterait à l’émergence d’un renouveau du paternalisme, avec une différence notable, cependant : « Le vieux paternalisme du XIXe siècle cherchait à protéger les ouvriers des méfaits du cabaret. Le nouveau paternalisme du XXIe affecte tout le monde. Plus politiquement correct, il n’en est que plus liberticide ».
De récentes avancées montrent que le postulat de « l’homo economicus » – un comportement uniquement motivé par la rationalité économique – ne résiste pas à l’épreuve des faits. Dans les choix des individus peuvent intervenir des biais « dits cognitifs ou comportementaux », comme l’ont montré, à l’expérience, certaines décisions d’épargne. Or, l’existence de ces biais justifie « désormais, bon nombre d’interventions publiques, comme l’introduction de taxes sur des biens considérés comme dangereux pour les personnes qui ont un problème de self-control tel que le tabac, les jeux d’argent, les sucreries ou encore les jeux vidéo ».
Que faire contre la montée de ce nouveau paternalisme ? L’important, pour le chroniqueur, est « de ne pas nier l’existence de ces biais et de fixer des limites à l’intervention publique, au nom des valeurs fondamentales d’autonomie et de responsabilité individuelle ».
Un peu compliqué comme formulation. Mais ce n’est pas faux. En tout cas, une pièce supplémentaire au débat.




