
Produites pour l’export, les vapoteuses chinoises se heurtent aujourd’hui à une surcapacité massive. Pékin, qui redoute qu’elles ne viennent menacer le monopole d’État du tabac, répond par une intervention d’une sévérité rare.
C’est ainsi que débute un article du Monde, signé Jordan Pouille, publié le 16 janvier, que nous reprenons.
« Je vends 200 marques de cigarettes, explique fièrement ce buraliste de Sanlitun, un quartier du centre de Pékin. Les plus populaires sont des marques locales comme Zhongnanhai mais aussi Huanghelou du Hubei et YunYan, qui vient du Yunnan, où pousse le tabac. Celles qui rencontrent le plus de succès auprès des jeunes sont les fines. Ils ont l’impression que c’est moins dangereux. »
Mais pas de cigarette électronique dans sa boutique. « Les gens n’en veulent pas », balaie-t-il d’un revers de la main. Sans doute à cause de leur goût et de leur prix.
En Chine, les parfums aromatisés, autre que celui du tabac, sont interdits.
Et les cigarettes électroniques sont fortement taxées : 36 % à la sortie d’usine, puis 11 % sur le prix du grossiste aux détaillants. S’ajoutent enfin les 13 % de la TVA, payée par le consommateur. Rien ne doit faire de l’ombre au tabac.
Depuis novembre 2021, la cigarette électronique est placée sous la gouvernance du Bureau national du monopole du tabac (CNTC),
lequel gère plusieurs centaines de marques chinoises, toutes étatiques (voir les 3 mai et 17 juin 2022).
L’État chinois est donc le plus grand producteur de tabac au monde, représentant plus de 46 % de la production mondiale en 2021.
Entre les taxes et les profits, l’industrie du tabac chinois a rapporté 1 600 milliards de yuans (195,97 milliards d’euros) à l’État en 2024, soit 9 % des recettes fiscales chinoises.
Ainsi, la vapoteuse chinoise, uniquement produite par le secteur privé, ne doit sa survie qu’à l’export.
Entre janvier et novembre 2025, 38 % des vapoteuses chinoises exportées étaient destinées aux États-Unis.
La Chine fournit 90 % des cigarettes électroniques dans le monde et 95 % d’entre elles sont fabriquées autour de Shenzhen. Mais l’interdiction croissante des cigarettes électroniques jetables dites « puffs » à travers la planète, à l’image de la France depuis juin 2025, ou même la taxation des e-liquides, comme dans la moitié des pays de l’Union européenne, menacent le marché. Sans donner de chiffres, le gouvernement chinois a parlé d’une « surcapacité destructrice ».
En 2024, celui-ci a déjà mis son veto à 103 nouveaux projets d’ouverture d’usines d’e-cigarettes.
Mais il s’apprête à aller beaucoup plus loin.
Le 26 décembre, le journal financier Zhengquan Shibao, basé à Shenzhen, a dévoilé le plan que prévoit de mettre en œuvre prochainement le CNTC. « Il s’agit d’un mécanisme de contrôle global et d’ajustement dynamique pour faire correspondre la production industrielle à la demande réelle du marché », précise-t-il.
Ce franc recadrage consistera pour les fabricants actuels à signaler sur une plateforme numérique commune toute nouvelle commande de la part de clients étrangers.
Les petits et les gros fabricants seront ainsi identifiés et se verront alloués des quotas de production à ne pas dépasser.
Chacun va aussi devoir prouver aux autorités chinoises qu’il se conforme aux nouvelles normes du pays de destination. « Une absence de mise en conformité entraînera la fermeture », ajoute le journal. Enfin, les fabricants dont l’activité s’accroît ne pourront augmenter leur capacité de production « qu’en rachetant une capacité existante, par l’achat de quota de production d’autres fabricants ».
Si la Chine tergiverse face aux surcapacités de secteurs entiers, de l’automobile électrique aux batteries, protéger le monopole du tabac ne souffre ici d’aucune mollesse.




