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10 Sep 2025 | Institutions
 

WoerthDans ParisTurf, Éric Woerth – nommé par le Gouvernement pour définir un « Pacte PMU 2030 » – évoque sa mission et l’avenir du secteur. Avec des explications à la clé. Extraits.

ParisTurf : Pouvez-vous nous expliquer rapidement en quoi va constituer votre mission en tant que « préfigurateur » ?

Éric Woerth : À la demande des ministres de l’Agriculture et du Budget, une mission de l’Inspection générale des finances (IGF) a récemment rendu des conclusions accompagnées de propositions. Elle est intervenue en raison d’un événement peu courant : le rejet des comptes du PMU malgré la signature des commissaires aux comptes et également d’un contrôleur indépendant, ce qui n’est pas un événement anodin.
Sur un plan purement comptable, il n’y avait pas de gros problème, mais peut-être que ce rejet signifiait autre chose, une souffrance du système. Cela a été un coup de semonce pour l’État, montrant qu’il y avait des sortes de désalignement des sociétés mères, qui n’ont pas voté de la même manière.
Suite au rejet des comptes par l’Assemblée générale du PMU, il a fallu ensuite beaucoup discuter pour que ceux-ci soient finalement validés. Or, cette filière du cheval de courses est partagée entre deux sous-filières, trot et galop, lesquelles disposent d’un premier monopole attribué par l’État, celui d’organiser les courses, et d’un second, d’enregistrer les paris au travers du PMU.
Donc l’État a souhaité voir clair. Comprendre ce qui se passait pour aboutir à une situation – le rejet des comptes – soit une situation qui, par principe, dans l’image que ça peut procurer, est évidemment mauvaise pour le cheval de course, et donc pour les paris.

Parmi les points de friction justement entre le trot et le galop, il y a le partage dit du 50-50…

Éric Woerth :L’accord scellé en 2018 était plutôt intelligent. Évidemment, cela peut être contesté, mais cela traduit également ce qu’est une filière. Quand vous regardez réellement les chiffres, on est très peu éloigné du 50-50. Le calendrier est construit à 50-50 pour aboutir grosso modo à 50-50 du chiffre d’affaires du PMU. Cela doit être aussi le cas pour la taxe affectée qui remonte à l’État avant de revenir aux sociétés mères sans passer par le PMU.

L’accord doit être gravé dans le marbre pour plusieurs années, car il permet d’équilibrer le programme des épreuves, lequel joue sur l’animation des courses. Oui, je plaide pour le 50-50, car cela correspond à l’état d’esprit de la filière et qu’il n’y a pas de décorrélation évidente qui montre que ce n’est pas 50-50. Si, un jour, survenait un décrochage extrêmement fort, il faudrait rectifier les choses. Peut-être faudra-t-il écrire cette exception (…)

Compte tenu des résultats que nous observons tous les jours en matière de paris hippiques au PMU, considérez-vous, quinze ans après, que l’ouverture du marché en 2010 a été une réussite ? Avez-vous des regrets sur cette « révolution » sur laquelle vous aviez été en première ligne à l’époque ?

Éric Woerth : Non, aucun. Nous n’avions ouvert le marché car il y avait beaucoup de jeux illégaux. Je pense que les modalités ont été bien réalisées au niveau des équilibres. Je suis, par exemple, à l’origine de la taxe affectée consistant à faire participer également les joueurs online au financement de la filière hippique. Cette taxe affectée fonctionne bien malgré des dissensions entre les sociétés mères sur le partage.

En matière d’équilibre des filières, quand vous voyez une Française des Jeux qui pèse deux fois plus que le PMU maintenant, vous ne vous dites pas que quelque chose a été raté ? Comment expliquez-vous ce boom de la FDJ alors que l’activité du PMU est exsangue ?

Éric Woerth : La Française des Jeux s’appuie sur beaucoup de jeux différents, elle a vu son statut considérablement évoluer avec des actionnaires extérieurs, a fait du rachat externe et compte une diversité de profils de parieurs bien plus importante que le PMU. Vous remarquerez comme moi que la France a changé ces 20 dernières années avec le numérique. C’est trop facile de dire que l’autorisation des paris sportifs et des paris hippiques en ligne a provoqué la crise du PMU. C’est s’exonérer quelque part de ses propres responsabilités.

L’État a régulé et a donné à la filière hippique la possibilité de s’ouvrir à d’autres segments de jeux. Après, les opportunités ont été saisies ou pas (Ndlr : en 2012, le PMU revendiquait près de 20 % des enjeux sportifs en ligne). Contrairement au PMU, la FDJ a démultiplié ses investissements. Le PMU n’en a pas la capacité, il investit très peu, car il finance une filière. On peut se dire que la filière aurait dû prendre moins et donner plus la capacité au PMU d’investir. Force est de constater que cela n’a pas été fait.

Justement, expliquez-nous quels seraient les bienfaits apportés par la transformation du GIE PMU en un GIE commercial ?

Éric Woerth : C’est l’une des bonnes propositions de l’Inspection des finances qui est de dire que le statut juridique aujourd’hui du PMU l’empêche. Il n’y a pas de capitaux propres. Il ne peut pas faire de réserves, tout l’argent étant distribué aux sociétés mères. Donc, il faut donner au PMU la capacité d’investir en accord, bien sûr, avec le galop et le trot.

Si le PMU n’investit pas sur un marché en attrition, concurrencé comme jamais, ça a peu de chances de déboucher sur une réussite. Il faut adopter une vision de moyen terme sur quelques années, avec un gros effort d’investissement. À défaut, la quasi mono-activité du PMU va aboutir in fine à ce que l’on sait : une réduction massive des enjeux, des paris et, au bout du bout, à une lente disparition des courses en France. Il faut réagir puissamment pour ne pas en arriver là !

L’État pourrait confier ce monopole à des privés, transformer le PMU en société commerciale, mais dans ce cas-là cela pourrait représenter une forte menace pour le financement de la filière elle-même. En effet, les actionnaires demanderaient un juste retour sur les capitaux qu’ils auraient investis.

Il est nécessaire que tous les acteurs, dont le PMU, retrouvent leur place. Que l’État joue bien son rôle de régulateur, de contrôleur, de presque garant de l’entente entre les deux filières du trot et du galop, qu’il ne faut pas délier. Je crois que si l’une flanche, l’autre suivra. Le rôle des sociétés mères n’est pas de gérer le PMU au quotidien. Elles doivent s’occuper de la régulation, du calendrier des courses qui est fondamental et de l’élevage français. Le PMU est là pour organiser les paris, c’est l’outil financier du pari et il doit avoir plus d’autonomie dans sa capacité tout en ayant des capacités d’investissement.

Quelle va être la méthode Woerth ? Comment est-ce que vous allez procéder pour essayer d’accorder les violons ?

Éric Woerth : Comprendre et discuter. Il ne faut pas partir avec des préjugés, ne pas donner de leçon de morale, vraiment. Je ne juge pas, mais j’essaie de comprendre, même si j’ai des convictions. J’ai bien saisi qu’entre le trot et le galop, ce ne sont pas les mêmes méthodes d’entraînement, que le galop est plus international que le trot, que ce sont deux mondes différents. Mais vu du parieur, ce ne sont pas deux mondes si différents que cela (…)

Auriez-vous un message à adresser à la filière ?

Éric Woerth : Le lien avec le cheval dans la société française est fondamental. On le voit d’ailleurs bien dans la société française. Il y a un amour du cheval, l’animal servant même d’intermédiaire avec des personnes en souffrance psychologique. Il y a une équithérapie qui se développe. On voit les enfants dans les poneys clubs…

Et puis, il y a le cheval dans sa splendeur qui est le cheval de course. Un animal avec une beauté inouïe qui irrigue des territoires français. C’est une activité agricole au sens le plus noble du terme. Et qui, en plus, fait travailler un grand nombre de socioprofessionnels.

Une quinzaine de milliers de personnes pour la filière elle-même. Et plus largement, quand on étend le secteur du cheval dans son ensemble, 50 ou 60 000 personnes. J’ai une incroyable admiration pour les gens de la filière qui se lèvent tôt, prennent des risques physiques et financiers considérables.

Les courses françaises sont reconnues à l’international, c’est assez extraordinaire, il ne faut pas casser tout cela. Il faut y croire mais il faut évoluer. L’idée n’est pas de tout changer, mais que chacun fasse son boulot, se respecte et qu’on arrête de soulever le passé.