La diplomatie des cigares et du rhum est à l’œuvre : depuis peu, les quelques Américains autorisés à se rendre à Cuba peuvent enfin glisser dans leur bagages ces produits qui leur étaient interdits depuis des décennies.
En marge du rapprochement historique annoncé mi-décembre entre les deux pays, le président américain Barack Obama a autorisé ses compatriotes à rapporter 100 dollars de tabac ou d’alcool cubains, mettant un terme à des années de frustrations et de contrôles intraitables aux douanes américaines (voir Lmdt des 17 et 27 décembre). Les membres d’associations religieuses font partie des douze catégories de voyageurs autorisés par les autorités américaines à se rendre à Cuba. Depuis quinze jours, ils n’ont plus besoin d’autorisations spéciales.
Dans les rues de la Havane, les vendeurs de cigares confient eux aussi vouloir profiter de cette manne inédite. Barbara Elias Hernandez, vendeuse de cigares au marché artisanal du port de la capitale, n’a jamais compris pourquoi les Américains n’avaient pas le droit d’emporter les célèbres Cohiba, Romeo & Julieta, Montecristo ou Partagas de l’autre côté du Détroit de Floride. « Ils se contentaient de les fumer ici », raconte cette femme de 45 ans, saluant l’ouverture de ce « nouveau marché » pour les « puros » cubains.
Mais en attendant la levée de l’embargo, l’impact des havanes sur le marché américain sera limité car, avec 100 dollars comme limite, l’amateur ne pourra par exemple ne rapporter que trois gros Cohiba ou 10 Montecristo numéro 2.
En outre, les heureux élus sont encore peu nombreux, relève pour l’AFP David Savona, directeur du magazine américain Cigar Aficionado. « Cela dit, l’actualité de Cuba a attisé l’intérêt autour du cigare, car lorsqu’on pense à Cuba, on ne peut s’empêcher de penser aux cigares (…) Le fruit défendu est très bon et les gens en veulent », assure-t-il.
Robert Raisler, informaticien à la retraite de 78 ans, participe à un voyage culturel et universitaire. Il confie qu’au moment de préparer son séjour on l’avait averti qu’il ne pourrait rapporter ni rhum, ni cigares : « lorsque le président Obama a fait son discours annonçant une petite ouverture, on a appris que la nouvelle limite était de 100 dollars. Je me suis dit: il était temps ! ».




