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28 Mai 2026 | Pression normative
 

Elle fait son retour sur les écrans : alors que les associations anti-tabac mènent depuis des années des campagnes de prévention, elles alertent aujourd’hui sur un retour de la cigarette mise en avant dans les médias. Dans des scènes de films, de séries, des clips de musique ou même sur les photos d’influenceurs sur les réseaux sociaux, les associations pointent du doigt une forme d’incitation à fumer qui cible en particulier le jeune public.
Nous reprenons un sujet de RTL ce 24 mai.

« C’est clairement une contre-attaque menée par l’industrie », déplore Emmanuel Ricard, médecin de santé publique et porte-parole de la Ligue contre le cancer.
Invité de RTL ce 24 mai, il explique qu’il y a depuis quelques années une baisse de la consommation de tabac chez les jeunes : « Chez les lycéens, c’est 5,5 % des jeunes qui sont dans les enquêtes fumeurs », ce qui pousse l’industrie du tabac à trouver de nouveaux moyens d’attirer ces jeunes consommateurs, puisqu’elle « perd et a besoin de 200 000 nouveaux consommateurs chaque année ».

Aujourd’hui, de nombreuses séries, films et clips musicaux montrent des célébrités cigarette à la main (et à la bouche). Sabrina Carpenter dans son clip Manchild, la série The Bear où les personnages sont régulièrement vus en train de fumer, ou même le film L’Amour ouf, de Gilles Lellouche, qui a particulièrement attiré l’attention de l’association anti-tabac Contre-feu : « Dans ce film, il y a environ 11 minutes de scène de tabagisme à l’écran. Ça équivaut à 22 spots publicitaires de 30 secondes pour les produits du tabac. Ça semble assez délirant », souligne Marion Catellin, directrice de l’association.

La Ligue contre le cancer dénonce elle aussi une façon pour l’industrie de contourner la loi Evin, qui interdit entre autres la publicité pour le tabac. « On voit qu’il y a des tentatives de contournement pour utiliser des espaces en particulier, comme les espaces où il y a une liberté de création dans tout le domaine artistique. » Les influenceurs, dont la communauté d’abonnés est généralement assez jeune, deviennent eux aussi des outils de l’industrie du tabac. Léna Situations, aux cinq millions d’abonnés sur Instagram, s’affiche ainsi au Met Gala, fumant aux côtés de la chanteuse Charli XCX.

Et l’image ne manque pas d’atteindre sa cible : « J’ai l’impression que ça fait un peu partie de son personnage. Je trouve ça hyper stylé sur elle », raconte une lycéenne rencontrée par RTL. « C’est vrai que de voir ce genre d’images et ce genre de comportements sur nos réseaux sociaux assez fréquemment, ça peut nous donner un petit peu envie de fumer aussi. » C’est justement l’effet dénoncé par la Ligue contre le cancer, qui a réalisé une enquête révélant que « grosso modo, pour 70 % des jeunes, il y a une incitation à fumer », explique Emmanuel Ricard.

Une normalisation du tabac qui passe par une sorte de glamourisation de la cigarette, jouant sur des esthétiques vintage particulièrement en vogue en ce moment. « On reprend les vieilles recettes qui existaient à Hollywood, c’est-à-dire le côté glamour, le côté des scènes de séduction, le côté très people, de façon à rendre la cigarette comme quelque chose de fun. »

Une tendance confirmée par la directrice de l’association Contre-Feu, qui note « un retour en force d’une forme de nostalgie des années 90, où on pouvait fumer un petit peu partout. Et donc on se retrouve avec des influenceuses qui font la promotion massivement des cigarettes à travers les réseaux sociaux. »

La Ligue contre le cancer rappelle que 53 000 cancers du poumon sont diagnostiqués chaque année en France, causant 30 000 morts. L’association lance alors un vaste programme de dépistage dans cinq régions (Hauts-de-France, Île-de-France, Pays de la Loire, Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur) pour les personnes ayant fumé 20 paquets-année, soit l’équivalent d’un paquet par jour pendant 20 ans. Ce dépistage comprend des scanners afin d’identifier d’éventuelles lésions, car la Ligue contre le cancer rappelle que « détectés tôt, on a des chances de pouvoir guérir le cancer du poumon dans 9 cas sur 10 ».

(Voir aussi les 18 mars 2026 et 17 mai 2025).

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