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3 Mai 2026 | International
 

Le gouvernement britannique s’oriente vers l’une des lois antitabac les plus importantes au monde. Son nouveau projet de loi sur le tabac et les produits de vapotage rendrait illégale la vente de tabac à toute personne née le 1er janvier 2009 ou après cette date, créant ainsi ce que l’on appelle une « génération sans fumée ». L’objectif est clair : empêcher les jeunes de commencer une habitude qui a causé énormément de souffrance, de maladie et de mort (voir le 22 avril 2026).
C’est ainsi que débute un sujet de Radio Canada (le 1er mai) – de Robert Falcon Ouellette (anthropologue d’origine indienne autochtone) – que nous reprenons.

Les cigarettes commerciales tuent. La dépendance à la nicotine détruit des familles, épuise les systèmes de santé et enferme les gens dans des habitudes qu’ils regrettent souvent d’avoir commencées.
Mais, comme Autochtone, j’entends aussi une autre question cachée sous ce débat au Canada.

Le détournement d’une médecine

Que se passe-t-il lorsque l’État ne sait plus faire la différence entre le tabac commercial et le tabac sacré, entre une dépendance et une médecine ?

Je me souviens de la première fois où j’ai conduit une cérémonie de la pipe sur la colline du Parlement. Ce fut un moment spirituel. Ce fut aussi un moment politique. À l’ombre de la Chambre des communes, là où tant de lois touchant les peuples autochtones avaient été écrites sans nous, le tabac était à nouveau élevé en prière.

Pour moi, c’était une façon de reprendre possession du tabac, et de ce que signifie être autochtone dans un pays qui a trop souvent tenté de réglementer, de criminaliser, de réprimer ou de mal comprendre nos pratiques spirituelles.

Le tabac n’est pas né sous forme de cigarette. Il n’est pas né dans un paquet, derrière un comptoir, couvert d’avertissements et de taxes.
Pour plusieurs peuples autochtones, le tabac est une médecine. C’est une offrande. C’est une relation.

L’aîné Dr Winston Wuttunee, de la Première Nation crie de Red Pheasant, enseigne que la fumée porte notre espoir et notre prière vers le Créateur. Cela nous rappelle que le tabac n’est pas simplement consommé.
Dans la cérémonie, le tabac est transformé.

Il a un esprit. Il passe par le feu. Il entre dans le corps avec le souffle, l’eau, la mémoire et l’intention. Il est ensuite expiré et reçoit une nouvelle forme comme fumée et comme air. Ce qui commence comme quelque chose de matériel devient quelque chose d’immatériel. Ce qui était tenu dans la main devient prière. Ce qui était visible devient invisible. Il voyage là où nous ne pouvons pas aller.

Le profane n’est pas la plante elle-même. Le profane, c’est ce qu’on lui a fait.

Le tabac est devenu profane lorsqu’une relation sacrée a été transformée en produit.
Lorsque la cérémonie a été dépouillée et remplacée par l’image de marque. Lorsque l’offrande est devenue transaction. Lorsque la médecine est devenue dépendance. Lorsque les entreprises ont appris à faire de l’argent avec la dépendance.

La société occidentale n’a pas simplement abusé du tabac.

Elle a abusé de l’esprit du tabac.
Elle a pris quelque chose de sacré et a créé autour de lui un mauvais esprit, porté par la dépendance, le profit, la maladie et la mort. Des millions de personnes sont mortes non pas parce que le tabac était une médecine, mais parce que cette médecine a été transformée en marché.
Le sacré a été plié vers le profit, et le résultat a été une souffrance à l’échelle mondiale.

Sortir du cycle colonial

C’est une vieille histoire coloniale. Quelque chose d’autochtone est arraché à son monde d’origine, vidé de son sens spirituel, remballé, vendu, taxé, puis, plus tard, condamné comme problème social. La même société qui a contribué à transformer le tabac en dépendance commerciale mondiale se présente maintenant comme l’autorité qui sauvera les gens de ce produit.
Les gouvernements ne doivent pas confondre la dépendance avec la cérémonie. Ils ne doivent pas traiter toutes les fumées comme étant les mêmes. Ils ne doivent pas créer des lois qui obligeraient encore une fois les peuples autochtones à expliquer, défendre ou demander la permission pour des pratiques qui existaient bien avant le Canada lui-même.

C’est pourquoi ce débat est important. Une société comme le Canada peut protéger les enfants contre la dépendance tout en respectant le tabac sacré. Elle peut combattre les cigarettes commerciales tout en reconnaissant l’usage cérémoniel. Elle peut réduire les méfaits sans criminaliser l’esprit.

Le tabac était sacré avant d’être rendu profane. Si les gouvernements souhaitent maintenant mettre fin aux dommages causés par le tabac commercial, ils devraient commencer avec humilité. Ils devraient se rappeler que le problème n’a jamais été seulement la plante.

Le problème était la transformation d’une médecine sacrée en profit, et la création d’un mauvais esprit autour de quelque chose qui était autrefois tenu avec respect.

Et dans la cérémonie, une autre transformation demeure possible

Par le feu, le souffle et la prière, le tabac peut encore porter l’espoir. Il peut encore porter la mémoire. Il peut encore nous ramener vers ce que nous sommes.

« Mon ami, tu nous as apporté une grande joie
Mais ils t’ont pris pour te forcer à blesser les gens
Ton bel esprit fut tordu par des prières étrangères
Pourtant, tu resteras toujours dans nos cœurs. »