
C’est le paradoxe que documente le réseau CAPHRA (Coalition of Asia Pacific Tobacco Harm Reduction Advocates) dans une analyse publiée mi-juin 2026 : dans les pays qui ont choisi la prohibition totale de la cigarette électronique, comme l’Australie et la Thaïlande, les marchés illicites de la vape ont non seulement survécu, mais prospéré.
Loin de réduire l’accès aux produits nicotinés alternatifs, l’interdiction aurait simplement déplacé la demande vers des circuits non contrôlés, sans étiquetage, sans traçabilité et sans aucune garantie sanitaire.
Nous reprenons une information de Vapoteurs.net.
Le cas australien : une prohibition qui a montré ses limites
L’Australie a longtemps été le laboratoire mondial de la politique anti-vape la plus stricte. Pendant des années, la vente de e-liquides nicotinés sans ordonnance médicale y était illégale. Le résultat ?
Un marché parallèle florissant, alimenté par des importations clandestines en provenance d’Asie du Sud-Est, et une explosion de la vente de puffs jetables non conformes dans les commerces de proximité — souvent à destination de mineurs. Face à cet échec patent, Canberra a finalement assoupli sa réglementation en 2023-2024, autorisant la vente en pharmacie sous conditions. Mais les réseaux illicites, déjà bien établis, n’ont pas disparu pour autant.
(Voir les 16 août 2025 et 5 juin 2026).
Selon CAPHRA, cette séquence illustre un mécanisme bien documenté en politique des drogues : la prohibition sans alternative légale accessible crée un appel d’air pour les trafiquants, qui proposent des produits moins chers, plus facilement accessibles et totalement hors de tout contrôle qualité.
La Thaïlande, exemple d’une interdiction contre-productive
En Thaïlande, la cigarette électronique est interdite depuis 2014 — l’une des prohibitions les plus anciennes d’Asie. La possession peut théoriquement valoir une peine de prison. Pourtant, le pays reste l’un des marchés informels de la vape les plus actifs de la région. Les produits circulent librement dans les zones touristiques, les marchés de nuit et via les réseaux sociaux. Les autorités douanières saisissent régulièrement des cargaisons, sans parvenir à endiguer le flux.
(Voir les 30 avril 2025 et 6 mai 2022).
CAPHRA souligne que cette situation prive l’État thaïlandais de recettes fiscales potentiellement significatives, tout en exposant les consommateurs à des produits dont la composition est totalement inconnue. Des e-liquides contenant des substances non déclarées — dont des cannabinoïdes de synthèse — ont été saisis ces dernières années, un risque sanitaire directement lié à l’absence de cadre légal.
Un argument de poids dans le débat européen
Cette analyse de CAPHRA arrive à un moment charnière pour la réglementation européenne. Plusieurs États membres, dont la France et la Belgique, poussent à Bruxelles pour des restrictions drastiques sur les arômes et les puffs jetables. L’OMS Europe a, de son côté, recommandé en février 2026 d’aligner la réglementation de la vape sur celle du tabac.
Mais les partisans d’une approche de réduction des risques — dont font partie de nombreux chercheurs en santé publique et associations de vapoteurs — mettent en garde contre une surenchère réglementaire qui reproduirait les erreurs australiennes et thaïlandaises. Leur argument central : une réglementation stricte mais encadrée (contrôle des ingrédients, limitation de la teneur en nicotine, interdiction de vente aux mineurs, taxation raisonnée) est plus efficace qu’une interdiction qui pousse les consommateurs vers le marché noir.
La question de fond : réguler ou interdire ?
Le débat n’est pas tranché. Les tenants de l’interdiction font valoir que toute légalisation normalise l’usage et expose les jeunes. Les défenseurs de la régulation répondent que la prohibition ne fait que déplacer le problème, en le rendant plus dangereux. Les exemples australien et thaïlandais, documentés par CAPHRA, constituent en tout cas un argument empirique difficile à ignorer pour les décideurs européens qui s’apprêtent à réviser la directive sur les produits du tabac (TPD).
La question reste entière : peut-on encadrer efficacement un marché sans lui donner une existence légale ? L’expérience de ces deux pays suggère que la réponse est non — et que le prix de l’illusion prohibitionniste se paie en premier lieu par les consommateurs les plus vulnérables.




