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18 Juil 2026 | Associations
 

Contrepoints

Journée mondiale sans tabac (31 mai), révision en cours de la directive européenne sur les produits du tabac, et colère de la Suède contre l’interdiction en France des sachets de nicotine, l’actualité tabagique est dense. Faisons le point.
C’est ainsi que démarre un article de la revue Contrepoints que nous reprenons (voir le 7 juillet 2026).

À l’occasion de la Journée mondiale sans tabac, le 31 mai, l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT ; voir le 28 mai) a publié son bilan annuel sur le tabagisme et l’arrêt du tabac en 2025. Trois informations essentielles peuvent être tirées de ce document de vingt pages.

Les buralistes vendent de moins en moins de tabac

La première est qu’il se vend de moins en moins de tabac en France : 30 165 tonnes en 2025 contre 32 824 en 2024 (-8,16 %), et 54 117 en 2017 (-44,67 %). Du moins dans le réseau des buralistes. Car l’OFDT le reconnaît, ses chiffres éludent totalement les achats légaux à l’étranger (dans un autre pays ou en duty free) et les achats illégaux.

L’OFDT nous donne cependant un aperçu de ce que peuvent représenter les achats légaux à l’étranger. La note montre clairement que les ventes de tabac baissent davantage dans les départements frontaliers que dans le reste de la France. Elle insiste aussi sur la cohérence de ces chiffres avec le tax gap, c’est-à-dire l’écart entre les volumes déclarés par les fumeurs et les volumes livrés aux buralistes. Cet écart, concentré dans dix départements frontaliers, représenterait 8 932 tonnes de tabac, soit 19,2 % de la consommation totale, et une perte fiscale de 4,8 milliards d’euros par an.

En revanche, l’OFDT ignore totalement les achats illégaux. Or, comme nous l’avons déjà signalé, ils sont estimés à la moitié de la consommation totale de cigarettes par le cabinet d’audit et de conseil KPMG. Dans un autre rapport – réalisé par le cabinet EY-Parthénon en collaboration avec la Confédération des commerçants de France (CDF), l’Union des fabricants pour la protection internationale de la propriété intellectuelle (Unifab) et l’Ifop –, nous apprenons qu’environ 40 % des épiceries de proximité vendent des produits du tabac, en contradiction avec la réglementation, et qu’elles se sont donc, pour cela, approvisionnées sur les marchés parallèles.

Deuxième information importante délivrée par l’OFDT dans son bilan annuel : la proportion de fumeurs quotidiens baisse fortement, passant de 23,1 % en 2023 à 18,2 % en 2024.
Celle des fumeurs totaux (quotidiens et occasionnels) diminue plus encore, passant de 31,1 % à 25 %. Rien, cependant, dans le document, ne vient expliquer cette baisse de cinq points en une seule année, alors qu’elle n’a été que de quatre points entre 2017 et 2023. Il est possible que cela soit dû à l’augmentation des prix, près de 15 % sur un paquet de cigarettes entre 2023 et 2024. Cependant, comme nous le signalons régulièrement, cette hausse du prix – et donc des taxes – n’a que peu d’effets sur les plus modestes, puisque 30 % des chômeurs et des personnes en situation financière difficile continuent de fumer.

Enfin, troisième information méritant d’être soulignée : le vapotage séduit de plus en plus de personnes. Son utilisation actuelle concerne 8,3 % des 18-75 ans, dont près des trois quarts en ont un usage quotidien (6,1 %). Près de 42 % de la population a déclaré avoir déjà essayé la cigarette électronique en 2023, contre seulement 25,7 % en 2014. Surtout, il apparaît que la cigarette électronique n’incite pas à fumer puisque « le vapotage est quasi inexistant chez les personnes qui n’ont jamais expérimenté le tabac ». C’est par conséquent d’abord un moyen, pour les utilisateurs, de moins fumer, voire d’arrêter.

La politique française anti-tabac devient une politique anti-nicotine

Un moyen plus efficace que la taxation et probablement aussi que les traitements nicotiniques de substitution (TNS) – timbres transdermiques (patchs), médicaments (Zyban ou Champix), sprays et inhalateurs, gommes à mâcher, etc. – dont les ventes, et les remboursements par la Sécurité sociale, augmentent de manière significative. Mais, alors que plus de 7,2 millions de personnes ont bénéficié de ces traitements entre 2017 et 2024, le nombre de fumeurs n’a baissé que de 5,6 millions dans le même temps.

Ces TNS ne conviennent manifestement pas à tous ceux qui désirent arrêter de fumer. C’est pourquoi tous les pays qui ont su faire baisser drastiquement la prévalence tabagique se sont appuyés sur la diversité des produits que pouvait offrir le marché.
L’exemple emblématique en est la Suède, qui a adapté sa fiscalité à la dangerosité des produits. C’est ainsi qu’il existe tout un continuum de taxation entre les sachets de nicotine, considérés comme l’alternative la moins nocive, et les cigarettes, passant par la vape, le snus (produit ancestral, interdit dans toute l’UE hormis la Suède, composé d’une poudre de tabac humide, généralement consommée sous forme de petits sachets placés entre la gencive et la lèvre supérieure), le tabac à chauffer et le tabac à rouler. Aujourd’hui, la prévalence tabagique quotidienne serait de 3,7 % en Suède.

La France a adopté une politique qui prend l’exact contrepied de l’exemple suédois, en restreignant toujours plus l’usage de la cigarette électronique et en interdisant dernièrement les sachets de nicotine (ou pouches). Le Gouvernement se comporte comme s’il voulait que la seule alternative possible à la cigarette soit les TNS, vendus en pharmacie. Alors que le marché offre une large palette d’options susceptibles d’aider les fumeurs à diminuer, voire à stopper, leur consommation de tabac, il préfère les orienter vers des produits remboursés par la Sécurité sociale, dont le déficit se creuse chaque année. Ainsi, au lieu de rapporter à l’État (grâce aux taxes), les produits de substitution au tabac lui coûtent.

Le gouvernement agit comme s’il voulait instaurer un monopole étatique sur la nicotine. Quand on voit comment fonctionnent les monopoles d’État en France, il y a de quoi s’inquiéter !

La Suède est vent debout contre la France et l’Union européenne

Toujours est-il que l’interdiction des sachets de nicotine en France a chagriné la Suède. Le ministre suédois du Commerce, Benjamin Dousa, a déclaré au Financial Times (propos rapportés par Le Figaro) : « C’est comme si nous interdisions les baguettes françaises ou le vin français en Suède. C’est une attaque contre le mode de vie suédois » (voir le 29 mai 2026).

La Suède craint aussi beaucoup la révision de la directive européenne sur les produits du tabac. La Commission semble vouloir appliquer aux alternatives à nocivité réduite, telles que le vapotage et les sachets de nicotine, les restrictions sévères qui frappent le tabac traditionnel. Et même instaurer une taxation européenne alimentant le budget de l’UE. Tous les efforts accomplis par la Suède pour réduire la prévalence tabagique pourraient être réduits à néant. Et les pays européens seraient privés d’un exemple à suivre.

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