Une fenêtre sur l’actualité quotidienne de tous les événements liés directement ou indirectement au tabac
3 Nov 2026 | Pression normative
 

Logo mois sans tabac

Le tabagisme baisse… mais pour continuer à réduire les 75 000 décès annuels liés au tabac, la Fédération Addiction appelle à poursuivre la hausse des prix, à donner toute sa place à la vape et à combattre beaucoup plus activement les inégalités sociales de santé. Elle met aussi en garde contre deux fausses pistes : faire de la nicotine l’ennemi principal et croire qu’une interdiction générationnelle permettra de faire disparaître le tabagisme.
C’est ainsi que débute une communication de la Fédération Addiction, rédigée par Benjamin Tubiana Rey, ce 2 novembre, que nous reprenons (voir 31 mai 2026 et 6 février 2026).

À l’occasion du Mois sans tabac, elle présente six priorités pour concentrer l’action publique sur ce qui compte vraiment : réduire les maladies et les morts.

Ne pas détricoter les politiques qui fonctionnent

La logique suivie par le Programme national de lutte contre le tabac est la bonne : agir en même temps sur les prix, les environnements, la prévention et l’accès à l’accompagnement. La hausse progressive du prix du tabac fait partie des mesures dont l’efficacité pour réduire les consommations est solidement établie.

Elle doit être maintenue, alors même qu’elle commence à être contestée par certains candidats à l’élection présidentielle. Pour la Fédération Addiction, revenir sur le signal-prix constituerait un mauvais choix de santé publique. Cela n’empêche pas de prendre au sérieux ses conséquences sur le budget des personnes les plus précaires : c’est précisément pourquoi les hausses de prix doivent s’accompagner d’un accès effectif et financièrement accessible aux dispositifs d’aide au sevrage tabagique.

Il faut également poursuivre la création d’environnements sans tabac, les campagnes positives comme le Mois sans tabac et l’investissement dans la prévention, notamment auprès des jeunes.

La fumée tue : ne faisons pas de la nicotine l’ennemi principal

Dans les débats sur le tabagisme, la nicotine tend de plus en plus à devenir le problème en soi. C’est se tromper de priorité. La nicotine crée et entretient une dépendance, mais l’immense majorité des cancers, maladies cardiovasculaires et respiratoires et décès liés au tabac provient de la combustion et de la fumée.

Une personne qui arrête de fumer grâce à des patchs, des gommes ou la vape peut rester dépendante à la nicotine tout en réduisant très fortement les risques pour sa santé. Faire de la disparition de toute dépendance le critère principal de réussite reviendrait à privilégier une vision morale de l’abstinence plutôt que la réduction des maladies et des morts.

C’est aussi pourquoi la vape doit prendre toute sa place dans la lutte contre le tabagisme. Elle doit être correctement encadrée, mais elle ne contient pas de tabac, fonctionne sans combustion et son efficacité pour aider les personnes à arrêter de fumer est aujourd’hui documentée. La réglementation doit protéger les mineurs, contrôler la qualité des produits et le marketing, sans rendre la vape moins efficace ou moins accessible pour celles et ceux qui en ont besoin.

La baisse du tabagisme ne doit pas laisser les plus précaires sur le bord du chemin

Le recul général du tabagisme masque des inégalités majeures. Aujourd’hui, environ 25 % des ouvriers fument quotidiennement contre 12 % des cadres ; près de 30 % des personnes au chômage contre 19 % des personnes en emploi. Pour les personnes déclarant une situation financière difficile, la prévalence atteint 30 %.

Une politique qui ferait baisser le tabagisme tout en concentrant progressivement les maladies et les décès parmi les personnes les plus précaires ne pourrait pas être considérée comme une réussite.

La réduction des inégalités sociales de santé doit donc devenir un critère systématique de toute politique sur le tabac. Cela suppose d’aller vers les personnes, de rendre les outils accessibles financièrement, de mobiliser les médecins et les pharmaciens et de donner aux structures spécialisées en addictologie les moyens d’accompagner les fumeurs, notamment les centres d’addictologie (CSAPA et CAARUD).

Protéger, oui. Croire que l’interdit suffira, non

La Fédération Addiction soutient les interdits qui protègent : interdiction de vente aux mineurs, encadrement de la publicité et du marketing, espaces sans tabac. Encore faut-il que l’État les fasse réellement respecter.

Elle s’oppose en revanche à l’idée d’une interdiction générationnelle qui empêcherait définitivement les personnes nées après une certaine date d’acheter du tabac, comme le Royaume-Uni vient de le décider et comme certains proposent désormais de le faire en France.

L’objectif d’une génération sans tabac est souhaitable. Mais une addiction ne disparaît pas parce que la vente devient interdite. Une telle mesure peut déplacer les achats vers le marché illégal ou Internet, rendre les usages moins visibles et produire des effets différents selon les catégories sociales.

La France dispose déjà des leviers qui permettent de faire reculer le tabagisme. L’enjeu est moins d’inventer de nouveaux interdits que de mettre pleinement en œuvre ce qui fonctionne : prévenir, agir sur les prix et les environnements, accompagner les personnes, réduire les risques et faire en sorte que les progrès obtenus bénéficient à tous.

Le document « Tabac, nicotine, vape » présente les six priorités de la Fédération Addiction pour poursuivre la baisse du tabagisme et réduire réellement les maladies et les décès qui lui sont liés.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.